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Collègue

 

Mère ma soeur, l'autre jour je t'ai refilé mon gourou et mes exercices de méditation transcendantale.
Mais après réflexion, je me suis dit qu'il n'y a pas de raison pour que je ne te refile que les bonnes choses de ma vie.
Une soeur c'est fait pour partager, nous allons donc partager.

Ma collègue.
Qui me gonfle

Curieusement, elle est mère, mais je ne la sens pas soeur.

Par une malheureuse coïncidence, sa marmaille a l'âge de la mienne. Sa marmaille au singulier puisqu'elle est la mère d'une fille unique.

Jusque là tout va bien, je n'ai jamais jugé et ne jugerai jamais le nombre d'enfants dans une famille
Et d'une on ne sait pas la raison du taux de natalité d'une famille : choix, impossibilité physique ou pratique, rien n'est simple
Et de deux, il n'est écrit nulle part, même chez moi, que grande fratrie est synonyme de chouette et petite fratrie de bof.
Le bonheur est où on le crée, quelque soit le nombre d'enfants.
Après cette minute café du commerce philosophico-maternel, je reviens à mon propos.

Et surtout à ma collègue qui va bientôt devenir la tienne si tu veux bien de temps en temps m'en soulager.

Parce que cette collègue est un peu une monomaniaque du sujet de conversation.
Tu le vois arriver ce sujet? Gros comme une maison de star cachée dans les collines de Saint-Tropez?
Ben oui, SA FILLE.
La vie de sa fille. Les repas de sa fille. Les progrès de sa fille à l'école. Le coucher et ses difficultés. Le temps mis à faire ses devoirs la veille.
Et les petites maladies. Sujet enthousiasmant s'il en est, chacun sait à quel point l'évocation d'une gastro à 8h45 juste après le café matinal est de nature à ensoleiller la journée.

Mère-ma-soeur, ne me fais pas l'affront de penser que je peux, même d'une manière infinitésimale, l'encourager dans sa loghorrée verbale.
Non, intègre jusqu'au bout, pas un "Ah bon?", ni un "Tiens tiens" ne franchit mes lèvres.
Et jamais au grand jamais une réplique aussi suicidaire que "C'est pas vrai, vas-y raconte" n'a franchi mes lèvres.

Mais malgré ma discipline rigoureuse dans la non-réplique et les exercices intensifs de fermage de visage indiquant une concentration extrême sur mon occupation du moment, rien ne l'arrête.

Et ma journée passe dans l'évocation régulière des mille et un moments qui constituent la journée d'une mère.
Sujet qui me passionne à la condition exclusive que ma propre marmaille soit l'héroïne de l'histoire.
Sinon ça me gonfle grave.
Ce qui est un léger détail qui a l'air d'échapper à ma collègue

Oui je sais amie lectrice qui n'est pas mère.

Tu te dis :
-"Moi j'ai la même, mais en plus comme je n'ai pas d'enfant, ça me gonfle encore plus ses histoires..."

Et bien détrompe-toi Pas-mère-ma-soeur.

Parce que si je m'épanouis parfois au boulot, c'est AUSSI parce que..
Parce que pour quelques heures dans la journée je peux utiliser mes neurones à autre chose qu'à me réciter les tables de multiplication pour voir si une erreur ne s'est pas glissée dans le devoir de ma descendance à rendre le lendemain.
Parce que pour quelques heures dans la journée je ne me demande pas s'il reste assez de couches dans le sac pour tenir jusqu'au week-end.
Parce que pour quelques heures dans la journée je ne réfléchis pas à ce qu'on va manger ce soir et si le dernier shampoing anti-poux a bien fonctionné.

Alors que grâce à ma gentille collègue atteinte de ce tic de langage qui lui fait commencer toutes ses phrases par "ma fille",  je perds toute possibilité d'oublier pour quelques heures que je suis mère.

Et ça
Franchement
Il n'y a pas pire pour une mère...

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