Mercredi 31 Oct 2007
Des prudes émois (déprudez-moi)
Par ClaireMM, Mercredi 31 Oct 2007 à 07:25 GMT+2 dans Questions pas top

Je ne remercie pas le chroniqueur radio d'hier matin.
Celui que nous écoutions ma mère et moi, un sourire aux lèvres grâce aux bons mots dont il avait truffé son papier.
Celui qu'essayait de comprendre ma fille de 8 ans assise à côté de nous.
Celui qui faisait une gentille satire de certains membres du gouvernement
Dont David Martinon
Et d'autres.
Quelle idée a-t-il eu de raconter cette blague, fort drôle au demeurant, mais dont j'essayais encore le soir de me dépatouiller?
Cette blague ou un gentil benêt répond à la question :
- "Tu es puceau?" par la réponse
- "Pas encore"
Cette blague incompréhensible pour une jeune enfant dont les parents n'ont pas dépassé l'étape de l'explication de la graine enchantée qui, un beau matin, saute on ne sait comment du zizi du papa vers la graine du ventre de la maman.
Hop hop, ni vu ni connu et le bébé est dans le ventre.
Trop magique ce papa...
Mais cette blague que, mue par un sixième sens infaillible, l'enfant VEUT comprendre.
Sur le coup l'esquive est facile.
-"Attends ma chérie, je veux entendre la suite, je te répondrai plus tard"
Malheureusement, à un moment ou à un autre, le plus tard devient maintenant
Et maintenant, radio éteinte et à la table familiale, en présence de sa grand-mère très pudique, l'enfant remet le sujet sur le tapis.
- "Tu m'avais dit que tu m'expliquerais la blague."
Heureusement pour la mère pas tout à fait à l'aise, le terme de puceau ne semble pas avoir été imprimé sur le disque dur de l'enfant.
Une lueur d'espoir brille alors au fond de son tunnel de pruderie.
En rassemblant ses souvenirs d'autres chroniques satiriques, elle est en position de sortir la réponse qui la sortira d'affaire.
La réponse qui allie une petite allusion sous la ceinture pour oreilles juvéniles et, en gage de non-tricherie, le nom de famille répété plusieurs fois le matin même par le chroniqueur.
- "Eh bien tu vois, il y a des gens qui n'étaient pas d'accord avec l'arrivée d'un Monsieur appelé David Martinon.
Alors ils disaient : Martinon-non-non.
Du coup le monsieur de la radio il disait Sarkozy -zi--zi.
C'est rigolo non?"
Gros éclat de rire autour de la table.
Le petit frère en pleine période caca-pipi-prout n'en a jamais entendu une aussi bonne. Même les soeurs plus âgées, théoriquement sortie de cette phase de régression anale, ne peuvent se retenir de rire.
Mais pas la questionneuse. La questionneuse sent le piège.
La questionneuse n'est pas née de la dernière pluie.
La questionneuse sait que quelque chose de plus important a été dit. Quelque chose qui, quand tu le connais, te fait directement rentrer dans le monde des adultes.
Et ce quelque chose, elle VEUT le savoir.
Coupant net l'hilarité de la naïve mère, très fière d'elle-même en croyant l'avoir joué fine, elle réitère sa question
- "Non, mais qu'est-ce-qu'il a dit d'autre? C'était pas ça"
La mère sent le piège se refermer.
La mère n'a jamais parlé de "ça" avec sa propre mère. Qui par un malheureux concours de circonstance est présente autour de la table.
La mère ne sait plus à quelle mère elle doit faire attention et à la place de quelle fille elle doit se placer.
Alors non, vraiment, je ne remercie pas le chroniqueur d'hier matin.
PS : La chronique était celle de Didier Porte dans l'émission de France Inter : "le fou du roi" de Stephane Bern. (Blog rigoureux qui cite ses sources, yes!)




