Jeudi 8 Nov 2007
C'est bidon
Par ClaireMM, Jeudi 8 Nov 2007 à 06:20 GMT+2 dans Pas top en public
Sondage ipsos-enfants magazine en Avril 2004 (oui, ça date)
Alors là je ne suis pas fière.
Ce n'est vraiment pas joli de tromper le public ainsi.
Lui laisser croire que la vie de famille c'est vraiment la famille Ricoré
Quand le soleil vient de se lever, hein...
Parce qu'après...
Qu'est-ce qu'on en sait si Monsieur et Madame Ricoré ils ne se foutent pas sur la gueule parce que Monsieur s'est levé sans débarrasser et Madame en a marre qu'on la prenne pour une bonne, et mais t'es complètement hystérique ma pauvre fille faut te faire soigner, ah ouais c'est moi bien sûr et toi quand tu hurles sur les enfants juste parce qu'ils renversent de l'eau...
Mais je m'égare, excusez-moi
Sans doute l'envie inconsciente de changer de sujet tellement ma honte est grande.
Le rouge qui me monte au front me rend verte de terreur de vous avouer mon forfait..
Parce qu'un jour, j'ai participé à un reportage...
Bidonné.
Oui, comme à TF1 ou au vrai journal de Karl Zero, ou même au Wall Street Journal
- "Accusée levez-vous : qu'avez-vous à dire pour votre défense".
- "Ben voilà Monsieur Votre Honneur, c'est que nous avons un ami.."
- "C'est bien"
- "N'est-ce-pas?"
- "Poursuivez je vous prie"
- "Or donc cet ami est photographe"
- "Très bien"
- "N'est-ce-pas?"
- "Accusée, vous n'êtes pas là pour commenter. Poursuivez"
- "Et bien cet artiste de renommée internationale dans son quartier, à l'oeil infaillible et au déclic rapide, s'est vu confier un sujet de la plus haute importance et de la plus grande originalité en ce 21ème siècle débutant.
Un sujet qui n'avait jamais été effleuré en dehors des 183 couvertures de magazines et des 2549 articles des rubriques psy"
- "Au fait, au fait..."
- "Ah oui pardon.
Son sujet c'était les nouveaux pères.
Notre famille venant tout de suite après celle des Ricoré dans son carnet d'adresse, il eut l'idée de nous prendre en photo pour soutenir ce propos.
Vous comprenez, il fallait illustrer l'image d'un père moderne dans un couple moderne.
Un homme engagé dans sa famille qui sait faire tourner une machine de linge et même séparer le blanc et les couleurs depuis le jour où il a découvert qu'une alchimie des couleurs subtiles peut se passer dans le tambour.
Ce qui lui permet désormais d'être l'heureux possesseur de l'unique exemplaire au monde d'une chemise-ès-rendez-vous d'affaire jaune-pipi.
Un homme qui a l'odorat assez fin pour humer le subtil parfum prouvant que les intestins du dernier-né fonctionnent.
Et ce depuis le jour où, lors de son attente à la caisse du super-marché et avec bébé dans le bras, il a constaté que tout le monde essayait de regarder discrètement ses semelles de soulier pour voir s'il n'avait pas par hasard marché dans une crotte de chien.
Et qui depuis se précipite pour aller changer la couche. Voire même (je sais c'est fou), arrête la mère dans son élan
- "Finis de lire ton article sur Georges Clooney chérie, je m'occupe de bébé-chou".
Un père, un vrai, qui sait même racheter des couches AVANT que le paquet ne soit ne soit fini.
Un père, un vrai, qui prouve que les temps anciens sont révolus grâce aux photos le prenant sur le vif de ses nombreuses occupations paternelles :
Le père donne le bain
Le père enfile le pyjama des enfants
Le père met le beurre sur la tartine du matin
Le père emmène ses enfants au square."
- "Accusée, je n'ose croire à ce que je pense, si je comprends bien ce reportage était...?"
- "Bidonné, oui Monsieur Votre Majesté, bidonné, j'avoue"
Même pas qu'il savait où étaient rangés les vêtements des enfants dans l'appart. Et surtout quoi est à qui. J'avais tout préparé en douce avec des post-it indiquant le nom de l'enfant destinataire.
Et le body, on a fait une répétition générale pour que le bébé n'ait pas un bras à 90°C coincé dans le dos et une jambe dans l'autre manche
Le beurre sur la tartine... ils détestent et ne prennent que de la confiture le matin
Quand au bain... c'est bien simple j'avais prévu la couverture de survie dans le couloir au cas où il aurait fallu réanimer après un début de noyade...
- "Voilà Votre Monseigneur, vous savez tout. On n'a pas touché un radis pour ce reportage bidon, et désormais le blason de notre famille est souillé jusqu'à la septième génération (à la huitième, on remet les compteurs à zero, c'est bien connu).
En plus...
Ah Votre Sainteté, faut-il vous l'avouer et qu'ainsi je me flagelle?
En plus...
C'était pour le journal des allocations familiales."




