mere-pas-top

L'art du rendez-vous

Ce qui est fascinant dans la non-topitude, c'est son éternel renouvellement.

Cette découverte quasi-quotidienne d'une faiblesse encore insoupçonnée alors qu'on croyait avoir déjà une barque plus que chargée.
A côté de laquelle le yatch de Bolloré passe pour un aimable pédalo.

Et bien non, surprise! Hier encore fut une journée riche en révélations.

J'avais rendez-vous avec l'instit.
A ma demande.
Je me dois de reconnaître entre nous que c'était plus par souci de montrer ma bonne volonté que par réelle envie de suivre le minute par minute de leur scolarité

Non que j'ai à redouter cette rencontre, bien au contraire.
Epanouie, intégrée, sérieuse, résultats satisfaisants. Quel parent ne souhaite pas se présenter face à l'enseignant de son enfant avec un tel tableau de chasse?

Loin de moi l'idée de ne pas savourer ma chance.

Mais pour dire les choses comme elles sont, si peu de problèmes rendent finalement le rendez-vous avec le maître quelque peu poussif.

Car en gros je n'ai rien à lui dire.
Et lui non plus.

Pourtant l'on sent bien dans son expression l'attente de mes questions forcément nombreuses et variées.
Une mère digne de ce nom DOIT se poser plein de questions sur la scolarité de sa progéniture.

Ou alors c'est une mère-pas-top.

Moi? Pas top? Impensable!

Il faut donc que je trouve des questions à poser.
Intelligentes si faire se peut, ça aide.

J'entre dans la salle, l'institut est assis.
Je m'assieds.
 
Normalement c'est à moi d'amorcer la conversation non?

Trouver une question intelligente.

Plus facile à dire qu'à faire.

Bon. A défaut, poser la question bateau:

-    "Je voudrais savoir si tout va bien ou bien s'il y a des problèmes particuliers pour lesquels nous pourrions l'aider"

-    "Non, elle se situe dans la bonne moyenne de la classe. quelques petites erreurs en orthographe et grammaire, mais ses résultats sont satisfaisants, pas de problème."

Bon, ben tout va bien, c'est bien ce qui me semblait. J'aurais pu me passer de venir.

Je pourrais partir là non?

Oui mais ça ne ferait pas très sérieux...
Une petite question et puis s'en va....
Cataloguée mère démissionnaire. Et ce dès la première rencontre avec l'enseignant.

Je me concentre, je vais bien trouver une autre question...

Ah ça y est

-     "Et sinon, dans la classe, elle n'a pas de problème particulier avec ses camarades?"

(C'est une impression ou je me répète dans mes formules? Ca fait la mère qui n'a rien préparé. Je me grille moi-même. Franchement pas malin).

-    "Non, c'est une enfant qui a beaucoup d'amis et pas de problème relationnel. Elle est appréciée dans la classe et dans l'école.

Oui, c'est bien ce qui me semblait. Vu le fric que je dépense en cadeaux d'anniversaire pour les uns et les autres, j'ai cru comprendre qu'elle avait des amis nombreux. Ou alors ils se refilent le mot pour se dire qu'on n'offre pas de la camelote et que ça vaut la peine d'inviter ma fille.

Bon mais ce n'est pas tout ça, il ne s'est passé que deux minutes depuis mon arrivée.

Un peu court pour prendre congé non?

Qu'est-ce-que je pourrais bien poser comme question?

-    "Et vous pensez qu'elle aura son passage en fin d'année?"  

Ah non, poser cette question fin novembre, pour le coup ça fait la mère stressée. La mère qui met la pression  son enfant. Très mauvais ça.

Sainte patronne des mères-pas-top, si jamais tu existes, viens à mon secours.

Donne-moi UNE question intelligente.

Yes, le maître ouvre la bouche. Sauvée, on va gagner une minute au compteur;

-    "En calcul il y a eu quelques difficultés dernièrement mais rien d'inquiétant et d'ailleurs ça va mieux.

Aïe.
Tenir bon.
Surtout, surtout, ne pas me sentir fautive...

Ne pas commencer à expliquer que oui on s'en était aperçu (tu parles ) mais que vous comprenez ma grand-mère étant âgée et mon boucher venant de fermer...
Ces arguments ne peuvent que paraître fallacieux (et pour cause) et l'empressement à se trouver une bonne excuse rend toujours suspect.

Alors non non non.
Tourner sept fois la langue dans ma bouche et me répéter en boucle:

-    "Tu n'es pas accusée,  et il ne cherche pas à te piéger. Tu es là pour le bien de ton enfant et pour savoir comment la guider avec sérénité sur les chemins de la réussite scolaire. Tu n'es pas accusée et il n'est pas là pour te piéger..."

Ne pas me lancer dans un grand discours plein de promesses qu'il ne me demande pas.

Etre consciente qu'annoncer solennellement que je vais démissionner dès le lendemain 8 heures pétantes pour désormais ne plus me consacrer qu'au suivi des études de mes enfants ne PEUT PAS paraître crédible.

Dire d'une voix ferme, en prenant mon air le plus convaincu.

-    "Oui, j'avais bien remarqué (à d'autres eh). Rien d'inquiétant, j'ai tout de suite compris (Pour ça encore eut-il fallu que je le remarque). Cependant j'ai beaucoup travaillé avec elle (13 minutes il y a trois semaines) et tout va bien désormais (si c'est vous qui le dites, je vous crois)".

Ouh là que ce n'est pas beau de mentir comme ça.

En plus je mens très mal (sauf à mes enfants, question d'habitude) et quand je mens, je rougis.
Paf, me voilà toute rouge.

Je ne m'en sortirai jamais.

Plus jamais je ne demande un rendez-vous avec l'instit.

C'est décidé, ma résolution est prise : ma prochaine apparition dans un lieu éducatif où étudie ma progéniture...

Ça sera pour assister à leur soutenance de thèse.
 

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