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Des bâtons dans les roues

 

 Et pourtant il m'arrive de faire des efforts.

Que ce soit sous l'impulsion d'une phase de la lune, d'une poussée d'hormones ou d'un gros coup de culpabilisation engendrée par la rencontre fortuite avec une mère top, il y a des jours où je me lance des défis de folie.

Cuisiner par exemple.

Un plat qui nécessite plus de deux ingrédients (l'eau et les pâtes).
Un bon petit plat. Avec le secret espoir que dans trente ans ils en parleront encore avec des trémolos dans la voix, cherchant à travers toute la France un restaurateur dont la création se comparerait à la mienne. Et revenant encore et toujours dans mon antre chaleureuse déguster ce bon petit plat de "quand on était petits".

Euh, attendez... Ce n'est pas parce que, une fois comme ça un jour de grande déprime, je me prépare à une bataille homérique avec mes casseroles pour que ce moment surréaliste devienne un rituel non plus. 

 Rectifions donc et reprenons la phrase précédente :
" Et revenant encore et toujours dans mon antre chaleureuse me supplier de refaire ce plat que j'avais fait un jour. "Tu sais, une fois, il y a longtemps, quand on était petits"".

Enfin bref quoi qu'il en soit, je me retrouve parfois devant mon fourneau. Pleine de bonne volonté! No comment...

Et là, sans vouloir me chercher des excuses, il faut avouer qu'il y a des obstacles. Physiques.
Des bâtons dans les roues.
Ou plutôt des gamins dans les pattes.

Car pour réussir ce programme (rappelez-moi d'ailleurs de le soumettre aux scénariste de l'excellent feuilleton "mission impossible" tellement il en représente la quintessence), il me faut:

Ouvrir le frigidaire pour y attraper la viande et certains légumes. Saisir sur l'étagère le sel le poivre et les condiments. Chercher les patates et les oignons qui sont rangés avec les casseroles (oui parfaitement). Empoigner la cocotte en fonte héritée d'une vieille tante et qui se trouve dans le placard de l'entrée (la cocotte, pas la vieille tante voyons). Chercher l'huile, prendre le couteau de cuisine dans le tiroir, revenir sur le coin de table libre, m'apercevoir que j'ai oublié l'épluche-légumes, réouvrir le tiroir, le refermer. Avoir besoin de la farine, donc d'une cuillère pour en répartir un peu, donc réouvrir un tiroir qu'il faudra refermer.
Ne pas oublier au passage la cuillère en bois, baguette magique de la cuisinière et dont je confirme l'effet magique: c'est bien simple, dès que je l'ai en main j'ai l'impression d'être dans un spot télé pour les 5 fruits et légumes par jour.

Voilà, je suis enfin parée.
Voilà...
Voilà?
Voilà pas du tout!!!

Car toi mère-ma-soeur, tu m'as déjà comprise, mais pour tous les autres, vous avez une idée du nombre de déplacements que ce petit programme implique?
Non? Et bien moi si!!!
Chaque déplacement, chaque mouvement, chaque ouverture et fermeture de tiroir doivent être négociés pour ne pas envoyer la porte du frigo dans la tête de celui qui s'est évidemment posté pile poil devant, ne pas pincer les doigts de l'autre en refermant le tiroir sur lequel il avait posé ses petites mimines au moment où je l'ai ouvert, ne pas m'étaler de tout mon long lors d'un déplacement en arrière en raison de la présence dans mon dos d'une personne de 1 m 10 que je n'avais pas repérée, accéder à l'étagère malgré les deux personnes de petites tailles qui se sont interposées entre elle et moi etc etc...
Vous comprendrez donc que ce moment qui demande la fluidité des gestes, la souplesse des mouvements et l'endurance à l'effort d'une danseuse étoile, je ne m'y résolve que contrainte et forcée par un phénomène cosmique court-circuitant momentanément l'agencement de mes neurones.

L'arrivée de ma belle-mère par exemple

Faire des entrechats dans ma cuisine, très peu pour moi...

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