| Aujourd'hui je voulais vous donner des nouvelles de Gaye. C'est le fils de Mariama.
C'est un petit bonhomme qui, avec sa maman, par un jour froid d'hiver,
a atterri ici, dans ce pays étranger. Pour emménager avec un papa dont
il n'avait aucun souvenir. Un homme qui travaille dur et longtemps,
avec si peu de temps pour montrer le nouveau pays à Gaye et à sa maman.
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Gaye a découvert mot à mot, situation par situation, la langue et le mode de vie de son nouveau pays. Toujours un peu à part, toujours un peu perdu. Tant de différences entre sa maison et la vie à l'école.
Parfois trop petit pour comprendre la méchanceté et le mépris contenus dans certains rires, parfois si mûr et si réceptif à la moindre forme d'attention, et la plupart du temps tout simplement heureux d'être un enfant parmi les autres.
Gaye a appris à adapter son comportement en fonction du lieu où il se trouve. A la maison, manger proprement avec sa main droite après s'être soigneusement lavé les mains, à l'école manger proprement avec une fourchette après s'être soigneusement lavé les mains.
Gaye a appris phonétiquement des chansons dont il a peu à peu compris le sens, participé gaiement à tous ces apprentissages qu'on lui proposait. Préparé son déguisement aussi bien que les copains.
Et puis il n'est pas venu le jour de la fête, parce que sa maman n'avait pas su lire le mot affiché, pas compris ce qu'on a tenté de lui expliquer avec les mains. Et que son papa, trop fatigué, n'a pas pris le temps de lire les papiers.
Tous les jours Gaye est parti heureux à l'école. Désormais il comprenait presque tout ce qu'on lui disait et savait faire la plupart des activités proposées.
Et puis Gaye est reparti vivre dans le pays d'où il venait, avec Mariama et la petite soeur qui lui était arrivée entre temps, pendant ces trois années passées ici.
Au village de ses parents, il n'y a pas d'école.
La famille s'est organisée pour qu'il puisse suivre une scolarité normale. La semaine, il habite en ville, près de l'école, chez sa tante. Une dame inconnue jusqu'alors.
Le week-end il retourne chez Mariama sa maman.
Gaye a cinq ans. C'est un petit bonhomme dont la vie a tant changé du jour au lendemain.
Il a perdu tout contact physique avec un père qu'il aura sans doute du mal à reconnaître, lorsque celui ci aura économisé le prix de son billet d'avion et assez de jours de vacances.
Il a perdu la vie quotidienne avec sa mère et sa petite soeur.
Il a perdu ses copains.
Il a perdu son univers.
Gaye a cinq ans.
A cet âge là on s'adapte vite.
Il a sans doute déjà retrouvé des copains, intégré un nouvel univers où il se sent bien et tissé des liens affectifs avec cette tante qui joue désormais le rôle de mère cinq jours sur sept.
Gaye a cinq ans.
A cet âge là on s'adapte vite.
Mais qu'aucun adulte qui n'a jamais vécu ce genre de déchirement ne vienne me dire c'est sans souffrance.
PS : Mariama, je l'avais présentée là. Et parlé de son départ là. Si vous désirez en savoir un peu plus sur elle.
Par ClaireMM, Jeudi 13 Mar 2008 à 06:36 GMT+2 dans Personnes tops (article, RSS)
Vos commentaires
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 07:36, par Altaïr - Cécile
A tout age on s'adapte en souffrance... Mais certaine souffrance sont encore plus lourdes car doublées d'une injustice incompréhensible. Tu sais qu'en ce moment chez nous c'est de plus en plus frèquent ce genre de situation, on vient les chercher à la sortie de l'école dans certains cas :(
Un copain de ma fille est parti comme ça, on est nombreux à s'être mobilisés mais on n'a rien pus faire... :(
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 07:36, par dam_drums
Voilà ce que j'aime chez toi : tu sais rire de toute situation comme tu sais en parler sérieusement.
Merci pour ce billet :)
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 07:57, par ClaireMM
Dam-drums : merci à toi de prendre le temps de m'écrire ça.
Altaïr-Cécile : Ce que tu décris est carrément atroce, ces expulsions qui ne sont qu'une injustice criante ajoutée à cette autre injustice de base qu'est le lieu de naissance. Bravo de vous être mobilisés.
Je veux juste préciser que dans le cas de Gaye, le départ était volontaire, absolument pas lié à un problème administratif.
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 08:28, par shaya
Tu me saisies toujours le cœur avec ces petits billets intimes et graves... Merci de nous rappeler que certaines situations ne prêtent pas à rire bien au contraire...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 08:52, par La poule pondeuse
Merci pour ce très beau billet qui m'évoque un autre grand blogueur : www.maitre-eolas.fr/2008/...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:02, par ClaireMM
Shaya: Non vraiment pas à rire..., merci à toi.
Poule pondeuse : Merci pour le lien que j'irai voir ce soir, et merci de ton comm
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:03, par Valérie
Juste merci pour ce beau billet.
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:18, par CatieCatou
Merci pour ce très beau billet
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:25, par laetitia
Que dire... Je pleure...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:27, par Marie-Hélène
Ce n'est pas le petit garçon le plus mal traité dans cette histoire, c'est le père. Juste bon à trimer sans droit à la moindre affection. Pas loin de l'esclave.
Il y a plus de violences faites aux femmes qu'aux hommes, mais dans ce cas, c'est une violence faite par les femmes aux hommes.
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:40, par ClaireMM
Marie-Hélène : Je comprends ton raisonnement, lequel était aussi le mien. Mais j’ai revu le père et il ne le sent pas comme ca. Plutot heureux de savoir sa femme de nouveau bien dans sa peau et aussi de ne plus avoir cette énorme prise en charge à la maison.
Laetitia : leur histoire est effectivment touchante et pourtant elle est loin d’etre dramatique
CatieCatou, Valérie : Merci à vous de me montrer que j’ai su faire passer les sentiments que j’avais, comme je le désirais
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:44, par doudoune
a tout age on souffre de changements... je me souviens d'une petite fille qui a juste déménager dans le meme pays, a quelques kilometres seulement du lieu ou elle vivait avant... et pourtant elle a souffet toute son enfance de cedéménagement, traitée dans cepetit village comme "l'étragere"...
encore aujourd'hui elle souffre parfois de cette enfance ou elle a été rejettée et se forge une carapace... On l'appelle souvent "la sauvage" alors que tout ce qu'elle veut c'est ne pas souffrir encore d'etre rejettée...
alors merci encore pour ce billet si juste qui touche en plein coeur...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:47, par Chocoline
On ne saura jamais comment cette histoire a pu touché ce petit garçon mais forcément il gardera une déchirure au fond de lui...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 09:59, par Aurélie (la bureautière)
Magnifique billet! Reste à espérer très fort que tous ces sacrifices lui offriront une vie vraiment meilleure car il le mérite, ce petit bout d'homme déjà très courageux
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 11:38, par DO
je salue le courage, l'amour et le sacrifice de cette maman qui laisse partir son petit, qui laisse une autre lui prodiguer les soins généralement maternels dans le but et l'espoir de lui offrir un avenir meilleur ...
C'est vrai que les enfants s'adaptent ... à un divorce, à un déménagement , mais ça reste quand même des failles dans leur constructions ... et en étant optimiste, une force aussi ...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 11:55, par MissBrownie
J'ai le ventre serré pour ce petit garçon...
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 13:34, par ClaireMM
MissBrownie : je crois qu'il y a de quoi l'avoir le ventre serré (enfin pour le début)
Do : Je crois aussi que ca peut etre une force
Aurélie : oui, j'espère comme toi que tout va bien maintenant
Chocoline : Il gardera une déchirure mais comme Do, j'espère aussi qu'il gardera une force
Doudoune : Ton témoignage est touchant, et merci à toi
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 13:51, par alicia
Un couple d'amis vient d'adopter un enfant de Calcutta, il est arrivé depuis 15 jours, il a 2 ans et demi, et n'a pas souri pendant 13 jours, ni ri, ni montré une émotion autre que les pleurs.... il regardait le monde avec ses grands yeux noirs. Et puis depuis 2 jours il rit, il cherche à répéter les mots, et quel bonheur, après toute cette souffrance!!!
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 14:28, par Céleste
Je me souviens bien de l'histoire de Mariama... c'est terrible, être déraciné, se re-adapter... et à 5 ans... triste histoire que tu racontes très bien, sans tomber dans le pathos... bravo Claire.
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 15:11, par ClaireMM
Celeste : merci de l'avoir si bien comprise
Alicia : Très joli et touchant ton témoignage. effectivement quel bonheur, mais si je puis me permettre un conseil (l'adoption est un sujet qui me touche de près), il ne faut jamais oublier que cette souffrance a existé. Cela pourra servir à expliquer et comprendre des moments plus durs je crois
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 15:51, par joséphine
Très, très beau billet.
Le Jeudi 13 Mar 2008 à 23:43, par Kristilla
Vous faites un concours, Caro et toi???
Le Samedi 15 Mar 2008 à 06:54, par minute papillon
Bonjour,
je vis avec un Aladdin qui vient d'un orient lointain, venu, lui aussi en France à cinq ans. Parce que réfugiés politiques, ses parents ne sont pas repartis, ils se sont adaptés, tant bien que mal, et ont maintenant une situation vraiment aisée. Seulement...ils veulent repartir, dans LEUR pays, puisqu'on n'oublie jamais sa mère patrie et que jamais on n'est réellement accepté en France.
Voilà, oui, c'est dur, mais où est sa place à ce petit garçon? Ne sera-t-il pas heureux dans un pays qui est le sien? Aladdin est intelligent, a fait de belles études, s'est intégré (enfin dans sa tête), mais jamais il ne sera français pour les autres, et il n'est plus vraiment de ce pays aux moeurs si différentes.
Le bonheur est peut-être parfois ausi simple que d'avoir une identité profonde (ce que ce petit aura je l'espère). Bien sûr, il y a le père...
Mais voilà, je voulais juste rappeler qu la France n'est pas forcément un rêve, mais une simple illusion de meilleur.
Bonne journée.
Le Lundi 17 Mar 2008 à 16:11, par Catioucha
Texte très émouvant et encore une fois tu as su trouver le ton le plus juste pour évoquer cette situation... Je pense aussi que ça peut être une force, ou du moins en devenir une, mais seul le temps pourra le dire.
Le Jeudi 20 Mar 2008 à 17:51, par 2L
ce sujet est un crêve coeur qui me brutalise chaque jour un peu plus. Près de chez moi, à Vincennes, on enferme des familles. et on ne peut rien leur apporter, échanger, parce qu'on ne les connait pas. Comme en prison.
Le Lundi 31 Mar 2008 à 16:52, par Becky Wincky
Le deuxième lien ne marche pas malheureusement...
Le Lundi 31 Mar 2008 à 17:02, par Claire MM
Becky Wincky : J'ai rectifié, merci de me l'avoir signalé