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Bon Pont

  Mère-ma-soeur, attache ta ceinture, nous traversons une zone de turbulences.

Certains les appellent des ponts, on peut même les voir comme des viaducs, en réalité toi et moi savons bien ce qu'il en est.

Ce sont des trous d'air tout simplement.
L'équivalent de ces très désagréables moment en aéronefs où tout en sachant que ce n'est pas grave, on ne désire quand même qu'une seule chose...
Que ça s'arrête!!!

Que s'arrêtent ces interrogations pleines d'entrain qui nous cueille dès 7 h38 le matin alors que seul un de nos deux yeux a accepté de s'ouvrir, juste le temps de visualiser la cafetière, le café et la tasse qui va avec.
-    "On fait quoi aujourd'hui?"

Et que s'arrête leur corrolaire
    -"Pfffff, c'est nul, nan j'veux pas"
alors qu'avec la mine réjouie d'une ménagère qui vient de tester une nouvelle lessive, nous leur proposons une activité dans l'organisation de laquelle nous avons investi un temps et une énergie tels, que même notre Président du temps où il était monté sur ressort n'a jamais eue.
-    "Attend ma chérie mais c'est une exposition-atelier de création de statue d'animaux en chocolat avec projection de photos et préparation d'un film, le tout dans un complexe sportif doté d'une piscine à vagues.
-    ""Pfffff, c'est nul, nan j'veux pas, j'veux rester à la maison"

Nous sommes donc en période de ponts, zones de turbulences dans l'organisation de la vie de la marmaille, qui nous voit nous creuser les méninges pour savoir comment les occuper un jeudi ou un lundi, et si on a pensé à racheter du beurre parce que demain et après-demain c'est fermé.

Mais finalement,j'espère que tu en profites bien mère-ma-soeur et que tu penses comme moi :
C'est quand même cool de pouvoir piquer un roupillon sur l'herbe au soleil un jeudi après-midi à une heure à laquelle on est encore censée travailler.

Même si la marmaille s'agite autour de nous.
Surtout, si la marmaille s'agite autour de nous et qu'on la sent à portée de bisous.

Bon Pont

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7 Mai 1908

  Aujourd'hui ma Grand-Mère a 100 ans.

Je ne l'appellerai pas pour lui souhaiter un bon anniversaire. Elle n'aime pas les anniversaires. Les siens, ceux des autres, je ne l'ai jamais vue en souhaiter un seul.
 Elle regarde d'un air un peu méprisant cette manie qu'on a de nos jours de souffler des bougies dans tous les sens.

Le Maire qui voulait venir avec son écharpe et ses flonflons fêter "notre nouvelle centenaire" a été prié de rester dans ses pénates.
Manque de goût, manque de décence, manque de pudeur. N'approche pas Monsieur le Maire.

Hier, il y a 10 ans, ma grand-mère a eu 90 ans. A l'époque elle m'avait confiée cette impression d'être victime d'une blague, ce sentiment d'irréalité.
    -"Est-ce-que tu comprends?"
Oh oui Grand-Mère je te comprends! Comment, même à 90 ans, peut-on accepter l'idée d'être une vieillarde? Comment se ressentir ainsi, même si le corps lâche de partout, même si les amis disparaissent de vieillesse, même si l'époque de notre enfance est depuis longtemps dans les livres d'Histoire?
Oh oui je comprends que ce sentiment qu'on a tous, adulte, du décalage entre notre âge réél et celui qu'on ressent, ce sentiment  ne disparaît jamais. L'étonnement de fêter déjà nos 30 ans alors que nos vingt ans sont si récents, l'irréalité de souffler 40 bougies quand on se sent tout juste avoir dépassé la trentaine, l'ahurissement d'avoir déjà 50 ans alors qu'on pensait seulement s'approcher de la quarantaine, et ainsi de suite.

Et quand on arrive à 90 ans cette irréelle impression d'être la vieillarde des autres.
Et quand on arrive à 100 ans ce sentiment d'être un phénomène de foire.

Ma Grand-Mère n'a pas la télé : elle ne l'a jamais voulue.
Ma Grand-Mère n'a pas la radio : elle ne l'a jamais voulue.
Ma Grand-Mère a arrêté d'aller au cinéma à la mort de son mari, quelques mois avant ce joli mois de mai 68.

Ma Grand-Mère lit. Enormément, goulûment assidûment. Mais qu'aucune scène avec quelque relation charnelle ne soit contenue dans les pages, sinon le livre est  remisé irrémédiablement. Certains livres jugés comme pornographiques selon ses critères très très personnels ont même fini dans la cheminée, sans autre forme de procès.
Oui ma Grand-Mère peut avoir la censure littéraire assez excessive.

Ma Grand-Mère est historienne. Les conversations avec elles ne sont pas communes. Sans télé, radio ou journaux, elle ne suit que de très loin l'actualité. Le commentaire d'un fait divers sordide est un exercice qui lui est inconnu et impossible,  jamais elle ne lit un article en entier une fois que l'effroyable réalité de tel ou tel fait divers lui apparaît.

Alors, dans nos conversations nous évoquons la famille, les amis ou les acteurs qui nous ont toutes les deux fait rêver. Elle, ayant connu leur éclosion et leur gloire (ah Gérard Philippe dans Les Grandes Manoeuvres et Pierre Fresnay dans Marius), moi les ayant souvent découverts de manière posthume. Puis la discussion dérive sur les maréchaux d'Empire ("lequel est ton préféré?"), Le roi François 1er à qui la préseance offre la tâche de donner un nom à cette nouvelle variété de prune qu'on vient de déposer sur la table royale ("Cette prune est douce et tendre comme ma mie la Reine, nous l'appellerons Reine-Claude"), la tête que ferait l'Abbesse de Rochechouart "si elle se voyait ainsi accolée à ce révolutionnaire de Barbès".
En réalité elle évoque, j'écoute, me forgeant ainsi des connaissances historiques qui forcent l'admiration de mes amis.

Et puis toutes nos anecdotes familiales. Avec plus de trois dizaines de descendants, elle est un puits d'anecdote sans fond, même si les versions varient au fur et à mesure de leurs évocations, ce qui ne trouble que les personnes bien trop rigides.

Quand elle ne lit pas, ma Grand-Mère reste sur son fauteuil, le regard perdu dans le vague.
Plus jeune je ne comprenais pas. J'avais un peu pitié de ces moments à ne rien faire, forcément synonymes d'ennui dans ma tête de petite fille.
Maintenant que j'ai avancé, je comprends que le défilé de souvenirs puisse être une occupation très douce, même si mélancolique. Et peut occuper les longues heures de rêverie d'un corps qui n'a plus la capacité de bouger sans cesse.

J'ai connu beaucoup des amies d'enfance et de jeunesse de ma Grand-Mère. Ces petites filles qu'on voit à côté d'elle sur les photos d'avant la première guerre mondiale, elle qui avait un père si moderne possesseur d'un appareil photographique. Elle a l'amitié très fidèle. A plus de 80 ans elle les recevait encore dans sa maison, qui n'était pas sa maison d'enfance.
Sa maison d'enfance est restée de l'autre côté de la mer, dans un pays qui a retrouvé son indépendance mais qui pour elle restera à jamais "son pays". Même si elle n'y a plus jamais remis les pieds depuis qu'elle a reccueilli toute sa famille de ce côté-ci de la mer en cette année 1962 si triste pour elle.
    "Les abricots de mon pays Claire, ah si tu savais..."

Quand les amies ne viennent plus, c'est qu'elles ne sont plus là. Elles deviennent alors des images que ma Grand-Mère convoque lors de ses longues rêveries.
Elles deviennent aussi une de ces larmes qui parfois brillent dans son regard à l'évocation de tel ou tel souvenir.

7 Mai 2008.
Il y a 100 ans naissait ma Grand-Mère.

Une vie commencée sur le modèle du 19ème siècle et qui se poursuit jusqu'au 3ème millénaire.

PS : Je pourrais parler d'elle encore des heures, écrire des pages et des pages.
Lorsqu'elle n'avait que 99 ans, j'avais fait un autre texte pour elle à l'occasion du 11 Novembre qui pour elle n'évoque pas un jour de livre d'Histoire, mais un jour de sa vie. Ce texte est.

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Ecologiquement compatible


Mère-ma-soeur, puisque tu as la gentillesse de faire un tour par ici, c'est que tu te reconnais un peu. Un chouïa. Disons que parfois il t'arrive à l'insu de ton plein gré et sous le coup d'un renvoi d'hormones tout à fait déplacé de ne pas te comporter exactement comme le préconisent les magazines qui me furent chéris avant de me tomber des mains, j'ai nommé "Parents" ou "Enfants".

Ces magazines, qui, quel que soit le sens dans lequel ils prennent le problème, finissent toujours par nous abreuver de conseils péremptoires, applicables dans une vie irréélle.
Vie où la femme a été génétiquement programmée pour s'éclater et dans les activités de bambins
et dans la cuisine et dans les travaux manuels et dans la lecture à haute voix d'histoire de lapinours et dans l'organisation du rangement et dans ...

Bref où cette femme a été génétiquement modifiée!!!

Contrairement à moi.
 
Voilà, je suis donc fière de rédiger le premier blog de l'Histoire garanti sans OGM
Je suis d'ailleurs moi-même garantie sans conservateur (hélas).
Et pleine d'imperfections.

Comme un légume d'une  espèce ancienne boudée des producteurs car ne se laissant pas calibrer pour le format cagette.

Et si le Grenelle de l'environnement, au lieu d'avoir été seulement une vaste opération de communication de notre gouvernement actuel, avait eu pour réél but de poser les bases de changements radicaux de production et de consommation, il aurait pu s'attaquer à ce problème de la mère OGM présentée comme modèle universel.

Modèle totalement artificiel et ne se trouvant pas à l'état naturel sur notre bonne vieille Terre.

Avant de terminer mère-ma-soeur, et sans trop de rapport, il y a un petit moment que je voulais te faire l'aveu qui suit.

Je reçois parfois des remerciements pour ce blog et son côté déculpabilisant, qui est de lire sur l'interespace blogosphérien que la non-topitude maternelle existe ailleurs que chez soi.
Je remercie sincèrement toutes ces personnes qui prennent la peine de m'écrire de telles gentillesses.

Ça me fait vraiment plaisir de savoir que je réconforte tant de personnes qui peuvent se dire après avoir lu mes exploits:
-    "Ah ben il y a pire que moi"

Ah oui ça me fait plaisir!

Euh...

Attend...

 PS1 : En réalité, ça me fait authentiquement plaisir. Parce que c'est un peu le but de ce blog. Et les deux lignes qui précèdent, c'est just for fun.

PS2 : Blog sans OGM mais nourri par de nombreux Organismes Génétiquement Maternels (très mauvais jeu de mot, mais si je ne l'avais pas fait, un(e) autre se serait couvert de honte en faisant le plus mauvais jeu de mots de l'histoire des blogs. Je me suis dévouée...)

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Scènes de la vie ordinaire


Il y avait au fond d'un fichier, ce texte que je ne me décidais pas à mettre en ligne. Alors, entre un pont, un week-end ou une fin de vacances, quelques grammes de tendresse pour fêter l'arrivée du joli mois de mai et le début de la belle saison.

Obélix et Barbie flirtent avec pudeur, confortablement installés dans le carosse à paillette de la belle.

Un bateau de pirates les observe. Son capitaine est un vaillant pompier harnaché de pied en cap. Sous ses ordres, des chevaux intrépides, un âne courageux et un jardinier en tenue. Le dinosaure suit à la nage.

Dans la maison face à la mer un chien se prélasse sur la meilleure literie, tandis qu'un cheval tranquillement installé dans la cuisine est en grande conversation avec un tigre sans moustaches.

Prêt à l'abordage du bateau pirate, un drakar viking se prend pour un porte-avion depuis qu'un aéronef s'est installé sur son pont.

Du haut du château, qui ne comprend qu'une pièce installée au sommet de tant et tant de marches, un oiseau conte fleurette au chat dans sa baignoire.

Pendant ce temps là, un dauphin et un tigre se sont endormis dans le même lit, bien bordé des deux côtés.

Je referme la porte, tout va bien.

Les jouets vivent leur vie et les enfants dorment...

PS : Et je ne les ai pas réveillés pendant ma visite de pre-coucher. Yeah...
Apprendrais-je  enfin de mes erreurs?


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