Mardi 19 Fév 2008
Pas du tout d'accord
Par ClaireMM, Mardi 19 Fév 2008 à 06:33 GMT+2 dans Ça me gratouille
| Aujourd'hui, une fois n'est pas
coutume, un vrai coup de gueule (enfin pas coutume pour vous, pour mes
enfants bien sûr, c'est une autre histoire...). Pas original, pas à la
pointe de l'actualité, mais nécessaire de mon point de vue. Parce que la dernière trouvaille de notre grand chef m'a effarée. Une de plus. Je sais j'arrive un peu tard, mais je ne voulais pas mettre en ligne sans avoir le temps de répondre aux comms, et je savais qu'hier ce serait compliqué. |
Alors oui, ceux qui lisent fidèlement (au fait, dois-je vous rappeler que je vous baise les pieds?) savent que ce grand chef là, je m'en serais volontiers passée et c'est un euphémisme. Et qu'entre les deux, j'aurais préféré la grande chef. Même si je ne suis inconditionnelle de personne.
Mais même d'un grand chef aimé, je n'aurais pas supporté cette proposition.
L'idée de confier la mémoire d'un enfant de la Shoah à un enfant de CM2 me semble tout simplement atroce, dégueulasse, démago, stupide. Et j'en passe.
Je sais, depuis la conférence de presse où il a sorti cette idée de son chapeau, le concept s'est un peu transformé: désormais ce serait à une classe entière et non plus à un enfant seul que ce devoir serait fourni.
Voire même, ce concept pourrait encore se transformer. D'éminentes personnes ont été appelées en renfort. Preuve soit dit en passant que ce fut une proposition mûrement réflechie.
Reste que cette idée il l'a eue, écrite, il en a sans doute discuté avec d'autres éminents adultes qui le conseillent ou l'assistent, et l'a finalement exposée en conférence de presse.
Reste qu'il n'a visiblement pas eu la décence d'en parler à une personne qui l'a soutenu et qui est l'un des personnages publics les plus qualifiés dans notre pays pour évoquer l'atrocité du génocide juif. Il n'a pas eu la décence élémentaire de demander son avis à Simone Veil, laquelle à l'évocation de cette possibilité a dit :
«C’est inimaginable, insoutenable, dramatique, et surtout injuste.on ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter…» (site de l'Express, vendredi 15 février)
Reste que je me demande si ses enfants à lui sont faits autrement que les miens, ou s'il a souvent discuté avec eux dans leur petite enfance. Evidemment je me doute fortement que la réponse à ma question est la solution numéro deux.
Car je ne suis pas spécialiste de l'enfance, encore moins évidemment de l'histoire de la Shoah.
Je ne suis spécialiste de rien.
Mais j'ai déjà parlé de l'Holocauste à mes enfants.
Dans une conversation plus générale sur la guerre, conversation qui avait débuté par des questions sur l'enfance de leur grand-mère. Bien sûr très rapidement pour expliquer cette guerre il a fallu évoquer Hitler. Bien sûr l'évocation d'Hitler ne pouvait se faire sans l'évocation de sa haine des Juifs et sa folie exterminatrice. Et bien sûr, vu leur tout jeune âge je ne suis entrée dans aucun détail abominable.
N'ayant aucune ascendance juive, aucune identification n'était possible pour mes enfants et ne peut expliquer la forte impression que ces quelques phrases ont eu dans leur esprit.
Dans les jours qui ont suivi, d'elles-mêmes, elles sont revenues sur le sujet, ont demandé des explications que je continuais à présenter de manière la moindre traumatisante possible, autant que faire ce peut dans ce contexte.
Alors je suis effarée à l'idée qu'on puisse leur demander vers leurs 10 ans de prendre en charge la mémoire d'un enfant de leur âge, de leur école. Ce qui reviendrait à créer une sorte de "lien affectif" entre cet enfant mort et l'écolier en charge de sa mémoire.
Il est indispensable que la mémoire de cette abomination soit dans toutes les têtes, il monstrueux d'en charger des jeunes enfants de cette manière là.
Et pour que vous puissiez si vous le désirez lire un avis nettement plus intéressant que le mien, je vous renvoie au blog de Serge Hefez (Psychiatre et psychanalyste, responsable de l'unité de thérapie
familiale dans le service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris) à ce sujet.
Je recopie ici juste les phrases qui m'ont le plus marquée:
"Si certains pourront sans aucun doute s’emparer de l’histoire singulière d’un jumeau disparu, se l’approprier pour comprendre et pour grandir, pour s’inscrire dans une morale collective, d’autres ne rencontreront que les tourments de la culpabilité ou la terreur de l’innommable. Or la culpabilité est puissamment contre-productive, elle a vite fait de transmuter l’amour en haine. Ce projet produirait alors exactement l’inverse de ses objectifs : la haine de l’autre, le mépris du juif, l’exacerbation de l’antisémitisme. Nul ne sait en outre comment la famille de chaque enfant est en mesure d’accompagner ce travail."
PS1 : comme le sujet peut prêter à polémique, j'aimerais qu'il soit clair pour tous ceux qui veulent mettre un comm que mon coup de gueule n'est pas : "Faut-il évoquer la Shoah avec les enfants au cours de leur scolarité"? La réponse est mille fois oui, d'ailleurs la question ne se pose même pas. Le sujet est "Faut-il l'évoquer de cette manière-là"? Et là ma réponse est mille fois non.









