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QI: La révélation

 

 

 Yes, ça m'a demandé un peu de temps, j'ai attendu d'avoir toutes les infos en main, mais ça valait la peine.
J'ai the argument pour ne plus culpabiliser face à mon absence flagrante d'implication dans la stimulation intellectuelle de mes enfants.

Du style méthode d'Anglais à-mimile avec les écouteurs branchés directement sur le ventre maternel, dès le 3ème mois de gestation, ou CDs éducatifs qui décortiquent tout Mozart pour enfants d'âge pre-pre-scolaire.

Euh... et même sans aller jusque là, les cahiers d'activités, achetés, mais qui chez moi,  terminent immanquablement en cahier de créations libres. (Des exercices avec consignes? Où ça des exercices?). Ou les sorties dans des expos passionnantes, envisagées et toujours repoussées.

Voilà, tout ça je peux désormais le zapper la tête haute et le jarret conquérant.

Et là, je dis merci aux moteurs de recherche. Merci aux pages d'accueil qui, au hasard de clics négligents, nous moulinent des infos bétons sur les résultats du PSG (perdu comme d'hab), la fin de la star'ac (elle avait commencé?), ou les histoires de coeur de qui vous savez (ah bon, il lui a vraiment refilé la même bague qu'à l'autre?). Alors qu'on n'a rien demandé et qu'on voulait juste vérifier nos mails.

Ainsi l'autre jour, une petite info me fit lever le sourcil gauche plus que circonspectement.

Qu'y lis-je?

"Les aînés obtiennent des scores supérieurs au test de QI, quelles que soient leurs origines sociales".
Je résume : en gros, d'après cette enquête, les aînés sont des flèches, les cadets euh..., ben moins.

Et ce n'est pas fini:
"Plus la famille est grande, plus le sujet "perd" en intelligence, le troisième enfant d'une famille de quatre se plaçant au dessus du troisième enfant d'une famille de cinq".

Vous suivez?
En gros, il faut se rendre compte que la question

       -"Tu as des frères et soeurs? Ils sont plus âgés que toi?"

est une question piège. De laquelle il faut se sortir avec finesse et aisance. Le pauvre inconscient qui annonce désormais tout fier qu'il est le petit dernier d'une famille nombreuse ne doit pas s'étonner si son son interlocuteur se met à scruter son visage pour y déceler les signes physiques patents de la catégorie benêt.

Surtout lors d'un entretien d'embauche. N'hésitez pas à vous inventer une fratrie dont vous serez toujours l'aîné. Soyez conscient que quelques petits frères et soeurs supplémentaires vous font gagner des points de QI virtuels.

Sauf que là où ça se corse, c'est qu'au hasard d'autres lectures, j'avais également appris :
"Ceux qui ont plus de trois frères et soeurs réussissent moins que les autres".

Ouh là, reprenons:
Plus on est l'aîné et plus haut est notre QI.
Mais... plus on a de frères et soeurs et moins on réussit.

Donc, conclusion plus on a un haut QI et moins on réussit!

Et vous voudriez que je stimule le QI de mes enfants par des méthodes éducatives diverses et variées? Pas fou non?

Comment ça mon raisonnement n'est absolument pas scientifique et d'une telle mauvaise foi que j'ai toutes les qualités requises pour illico être engagée en tant que nouvelle plume de notre grand chef?

Mon raisonnement il est béton moi je dis!

PS: Inutile de chercher à me tirer les vers d'une nez, je ne vous dirai pas que j'ai plusieurs frères et soeurs. Et que je suis loin d'être l'aînée.  Non non, je ne dirai rien...

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C'est embarrassant

 
Avoir des enfants, il faut le savoir, c'est la garantie de vivre des moments délicats.

Tiens par exemple rien que l'accouchement...

Allez, non ne blêmissez pas, je ne vais pas vous décrire mes accouchements par le menu. Déjà qu'hier je vous parlais de mes problèmes de prostate (dont je confirme que je suis dépourvue, pour tous ceux qui douteraient encore), vous finiriez par vous croire sur un quelconque site médical.
Avec tous les dangers créés par ce genre de littérature. La lecture des différents symptômes nous rendant immédiatement hypocondriaques, persuadés d'être atteints d'une affection rarissime et incurable dont la veille nous n'avions jamais entendu parler.

On lit, on lit, et on finit par s'emmêler un peu les pinceaux dans tous ces symptômes divers et variés.

Tiens moi qui vous parle, un soir de recherche plus poussée que d'habitude, j'ai cru que j'avais le cancer des testicules.
Et puis, j'ai levé la tête de l'écran, j'ai réfléchi cinq minutes et je me suis dit que ça ne devait pas être ça.

Ceci dit, ça m'étonnerait que lire la description d'un accouchement puisse induire un lecteur lambda à se penser en plein travail obstétrical avec un col ouvert à 5 cm. Ou alors, c'est une personne trèèèès influençable.

Enfin bref, tout ça pour en revenir aux moments délicats de la vie de mère, du style de celui qui m'attend demain.

Un rendez-vous avec le maître. De petite classe.

Sans doute un chouïa de paranoïa de ma part, mais dès le serrage de main protocolaire, je suis déjà sur la défensive:

-    " Qu'est-ce-qu'il sait?"

Oui, que sait-il de moi? Et pourquoi il me regarde comme ça? Il a l'oeil qui frise, je vois bien qu'il a l'oeil qui frise. C'est moi qui le fait rigoler comme ça?
Qu'est-ce-que ma gamine a bien pu lui raconter?
Quel plaie ces enfants ouverts et chaleureux! Ils racontent tout.

Je rêve ou son regard dévie souvent sur mes pieds? C'est pas vrai, elle lui a dit que j'avais mis des chaussettes avec des trous ce matin. Je vois ça d'ici:

-    "Bonzour Maître, tu sais ma maman elle a de gros trous dans ses chaussettes aujourd'hui. On voit ses doigts de pieds qui sortent, c'est rigolo"
   
Non mais là il fait une fixation sur mes pieds, ce n'est pas possible, il les regarde encore. Elle ne lui aurait tout de même pas dit que j'ai tendance à puer des pieds? Traîtresse!

Mais le pire, c'est qu'il y a tant d'autres possibilités:

-    "Moi z'aime bien les pâtes aux beurres, mais quand même, desfois le soir, z'aimerais bien manzer autre chose".

-    "Moi ma maman, elle me lit zamais d'histoire le soir, elle dit que comme ça ze saurais lire plus vite. C'est vrai dis Maître?"

-    "Maman, elle ferme zamais la porte quand elle fait pipi"
   
-    "Maman la nuit elle ronfle".
   
-    "Tu sais Maître, le matin ma maman elle a une tête trop rigolote avant sa douche, on dirait qu'elle est vieille".

-    "Maître, tu crois que ça fait mal quand on s'enlève les poils? Parce que ma maman elle dit que ça va, mais moi je crois pas, parce que quand même elle fait une drôle de tête."

Tant d'autres possibilités je vous dis...

A la réflexion, j'ai encore le temps d'annuler non?

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Alerte

 

Mère-ma-soeur, j'aimerais que tu comprennes à quel point ma vie est un combat de tous les instants. Et pour cela, j'ai décidé ce jour, de te décrire  ma vie quotidienne. Enfin un bout. Petit.

Nota bene: Que ceux qui à la lecture de cette phrase recliquent aussitôt sur "fermer la fenêtre" soient assurés de mon soutien. Une telle introduction serait également pour moi source de fuite à toute souris

Pour tous les courageux volontaires qui restent (et dont une fois de plus je baise les pieds afin de leur prouver ma reconnaissance) voici un petit échantillon de la vie d'une mère-pas-top.

La scène se passe sur le chemin de l'école.
Une mère, de la race maudite (pour moi) des mères-top, demande à l'enfant que je tiens négligemment par la main:

-    "Alors tu es prête pour les contrôles?"

Immédiatement la sonnette d'alarme résonne dans ma tête.

Un mordage de langue intensif me permet de ne pas avoir l'air ahurie et de ne pas poser la question révélatrice:

-    "Ah bon? Vous avez des contrôles? Mais quand ça?"

Je reste concentrée.
En lieu et place de l'air étonné, je me compose un petit sourire entendu. Petit sourire dont je suis assez fière j'avoue, dusse ma modestie en souffrir. Tellement fière que je suis même capable de l'adresser à la ci-devant mère-top avec ses questions perfides. Femme que je soupçonne immédiatement d'être un agent double en repérage pour la Ddass.

Etre prise en flagrant délit d'absolu non suivi de la scolarité des ses enfants dans notre société moderne où la réussite à l'école est le critère numéro un pour juger un parent, c'est la marque définitive d'infamie maternelle.

Il me faut à tout prix surmonter cette épreuve.

Par un contrôle de tous mes nerfs, je reste maître de mes émotions et ne montre pas l'angoisse qui m'étreint dans l'attente de la réponse de la chair de ma chair.

Il est en effet indispensable que je cogite à toute allure afin d'être prête à parer toute éventualité. Notamment celle que je redoute entre toutes, une réponse prononcée par le sang de mon sang et qui serait à peu près:

-    "Ah non pas du tout, j'ai rien compris aux divisions, et puis le futur antérieur je ne sais pas le conjuguer"

Dans ce cas là il faut que je sois immédiatement en capacité d'énoncer, AVEC un ton très convaincu:

-    "Ma chérie, je voulais te faire la surprise. Ce soir j'avais justement prévu une session de travail complète en video-conférence avec Tonton Hervé, agrégé de mathématiques. Quand au futur antérieur, il fera l'objet d'un prochain séminaire."

J'attends donc la réponse de l'être que j'ai enfanté, intérieurement liquéfiée, extérieurement niaisement sûre de moi.

L'angoisse monte, je suis suspendue à ses lèvres.

-    "Ben ouais pourquoi?" répond alors ma progéniture.

Ma chérie!!! Prunelle de mes yeux, joie de ma vie, être exceptionnel entre tous! Une fois de plus, grâce à toi, ta mère peut garder le front haut et le regard souverain de la mère qui se sait parfaite.

Mais ce n'est pas tout ça: rester calme, n'exulter qu'intérieurement. Et maintenant que l'alerte est passée, reprendre la main de ce jeu de bluff maternel.

Retourner la question à l'enfant de mon interlocutrice:

-    "Et toi, les contrôles, tu es prêt?"

Avec le secret espoir que la réponse sera négative. Il n'y a pas de raison, c'est elle qui a attaqué la première. Il est même possible qu'en réalité cette mère soit ma soeur-pas-top, et que son info exclusive ne soit que le fruit d'un heureux hasard.
Partant de là, elle se poste sur le chemin de l'école afin d'apostropher tous les collègues de son enfant, étalant sa science de suivi scolaritesque  et espérant ainsi engranger des points bonus dune topitude totalement injustifiée.

Technique très facile à mettre en oeuvre.
Je le sais, je l'utilise dès que l'occasion se présente.

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L'art du rendez-vous

Ce qui est fascinant dans la non-topitude, c'est son éternel renouvellement.

Cette découverte quasi-quotidienne d'une faiblesse encore insoupçonnée alors qu'on croyait avoir déjà une barque plus que chargée.
A côté de laquelle le yatch de Bolloré passe pour un aimable pédalo.

Et bien non, surprise! Hier encore fut une journée riche en révélations.

J'avais rendez-vous avec l'instit.
A ma demande.
Je me dois de reconnaître entre nous que c'était plus par souci de montrer ma bonne volonté que par réelle envie de suivre le minute par minute de leur scolarité

Non que j'ai à redouter cette rencontre, bien au contraire.
Epanouie, intégrée, sérieuse, résultats satisfaisants. Quel parent ne souhaite pas se présenter face à l'enseignant de son enfant avec un tel tableau de chasse?

Loin de moi l'idée de ne pas savourer ma chance.

Mais pour dire les choses comme elles sont, si peu de problèmes rendent finalement le rendez-vous avec le maître quelque peu poussif.

Car en gros je n'ai rien à lui dire.
Et lui non plus.

Pourtant l'on sent bien dans son expression l'attente de mes questions forcément nombreuses et variées.
Une mère digne de ce nom DOIT se poser plein de questions sur la scolarité de sa progéniture.

Ou alors c'est une mère-pas-top.

Moi? Pas top? Impensable!

Il faut donc que je trouve des questions à poser.
Intelligentes si faire se peut, ça aide.

J'entre dans la salle, l'institut est assis.
Je m'assieds.
 
Normalement c'est à moi d'amorcer la conversation non?

Trouver une question intelligente.

Plus facile à dire qu'à faire.

Bon. A défaut, poser la question bateau:

-    "Je voudrais savoir si tout va bien ou bien s'il y a des problèmes particuliers pour lesquels nous pourrions l'aider"

-    "Non, elle se situe dans la bonne moyenne de la classe. quelques petites erreurs en orthographe et grammaire, mais ses résultats sont satisfaisants, pas de problème."

Bon, ben tout va bien, c'est bien ce qui me semblait. J'aurais pu me passer de venir.

Je pourrais partir là non?

Oui mais ça ne ferait pas très sérieux...
Une petite question et puis s'en va....
Cataloguée mère démissionnaire. Et ce dès la première rencontre avec l'enseignant.

Je me concentre, je vais bien trouver une autre question...

Ah ça y est

-     "Et sinon, dans la classe, elle n'a pas de problème particulier avec ses camarades?"

(C'est une impression ou je me répète dans mes formules? Ca fait la mère qui n'a rien préparé. Je me grille moi-même. Franchement pas malin).

-    "Non, c'est une enfant qui a beaucoup d'amis et pas de problème relationnel. Elle est appréciée dans la classe et dans l'école.

Oui, c'est bien ce qui me semblait. Vu le fric que je dépense en cadeaux d'anniversaire pour les uns et les autres, j'ai cru comprendre qu'elle avait des amis nombreux. Ou alors ils se refilent le mot pour se dire qu'on n'offre pas de la camelote et que ça vaut la peine d'inviter ma fille.

Bon mais ce n'est pas tout ça, il ne s'est passé que deux minutes depuis mon arrivée.

Un peu court pour prendre congé non?

Qu'est-ce-que je pourrais bien poser comme question?

-    "Et vous pensez qu'elle aura son passage en fin d'année?"  

Ah non, poser cette question fin novembre, pour le coup ça fait la mère stressée. La mère qui met la pression  son enfant. Très mauvais ça.

Sainte patronne des mères-pas-top, si jamais tu existes, viens à mon secours.

Donne-moi UNE question intelligente.

Yes, le maître ouvre la bouche. Sauvée, on va gagner une minute au compteur;

-    "En calcul il y a eu quelques difficultés dernièrement mais rien d'inquiétant et d'ailleurs ça va mieux.

Aïe.
Tenir bon.
Surtout, surtout, ne pas me sentir fautive...

Ne pas commencer à expliquer que oui on s'en était aperçu (tu parles ) mais que vous comprenez ma grand-mère étant âgée et mon boucher venant de fermer...
Ces arguments ne peuvent que paraître fallacieux (et pour cause) et l'empressement à se trouver une bonne excuse rend toujours suspect.

Alors non non non.
Tourner sept fois la langue dans ma bouche et me répéter en boucle:

-    "Tu n'es pas accusée,  et il ne cherche pas à te piéger. Tu es là pour le bien de ton enfant et pour savoir comment la guider avec sérénité sur les chemins de la réussite scolaire. Tu n'es pas accusée et il n'est pas là pour te piéger..."

Ne pas me lancer dans un grand discours plein de promesses qu'il ne me demande pas.

Etre consciente qu'annoncer solennellement que je vais démissionner dès le lendemain 8 heures pétantes pour désormais ne plus me consacrer qu'au suivi des études de mes enfants ne PEUT PAS paraître crédible.

Dire d'une voix ferme, en prenant mon air le plus convaincu.

-    "Oui, j'avais bien remarqué (à d'autres eh). Rien d'inquiétant, j'ai tout de suite compris (Pour ça encore eut-il fallu que je le remarque). Cependant j'ai beaucoup travaillé avec elle (13 minutes il y a trois semaines) et tout va bien désormais (si c'est vous qui le dites, je vous crois)".

Ouh là que ce n'est pas beau de mentir comme ça.

En plus je mens très mal (sauf à mes enfants, question d'habitude) et quand je mens, je rougis.
Paf, me voilà toute rouge.

Je ne m'en sortirai jamais.

Plus jamais je ne demande un rendez-vous avec l'instit.

C'est décidé, ma résolution est prise : ma prochaine apparition dans un lieu éducatif où étudie ma progéniture...

Ça sera pour assister à leur soutenance de thèse.
 

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