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Régression (c'est pas ma faute)


 Le problème quand on est mère, c'est qu'on retombe facilement en enfance.

On déserte Kusturica et les frères Cohen pour Walt Disney, on ne fréquente plus que le petit bassin de la piscine ce qui n'aide pas à remplacer ces quelques rondeurs plus ou moins gracieuses par du bon muscle tout ferme.

 Et les discussions interminables pour refaire le monde autour d'un expresso (consommation la moins chère pour étudiants fauchés) avec nos potes sont devenues des parties de bataille autour d'une grenadine (consommation toujours la moins chère pour mère de famille qui sait bien que la conso ne sera pas finie alors 3€50 dans un soda, ça fait mal) avec des personnes de petite taille qui ont une appréhension limitée des réalités géo-politiques.

Plus grave,  le bout de baguette et le chocolat du goûter, cessent d'être un joli souvenir nostalgique de notre enfance pour réapparaître soudainement dans notre alimentation. Justement quand on ne peut plus compter sur nos séances à la piscine pour l'utilisation des calories surnuméraires!
Et par décence pour ne pas tomber dans la volupté, je n'évoquerai pas sur ces page les cuillérées remplies de petits-suisses aux goût fruité, petit-suisses que mes enfants n'ont dégusté en totalité  qu'à partir du moment où ils ont su les déguster seuls. Irrésistiblement attirée par ces cuillérée régressives, je n'ai jamais pu m'empêcher d'en engloutir une ou deux au passage lorsque je les nourrissais encore à la cuillère. Sans compter tous les "débordements" qu'en bonne mère consciencieuse je léchais. En évitant soigneusement de racler la cuillère au bord du pot, malheureuse! J'en aurai eu moins...! Bref, le bambin en face de moi avait de la chance si la portion qui lui revenait in fine dépassait la moitié du pot...
Encore maintenant je fais des essais réguliers pour leur en piquer une ou deux cuillérées tandis que je mange raisonnablement mon yaourt nature, mais ces ingrats défendent leurs pots d'une manière honteuse. Laisser leur pôv vieille mère saliver face à leur dessert, quel manque d'éducation...

Oui réellement, la régression dans l'alimentation n'est pas l'aspect le plus enviable de la condition de mère. Surtout que cette régression est à géométrie variable. La règle d'airain d'absence de grignotage dans la journée (dérogation exceptionnelle pour des bouts de carottes crues en bâtonnets les jours de bombance) ne s'applique malheureusement pas à moi.

Résultat non seulement je me bouffe à l'insu de mon plein gré des tapées de petits-suisse saromatisés, non seulement je me fais un bon 4 heures plein de pain et de chocolat, mais en plus entre temps je grignote.
En cachette bien sûr, j'ai des principes.  

Au final, cette régression (partielle malheureusement) ne fait plaisir qu'à ma balance. Laquelle est toute heureuse de montrer toute la mesure de ses capacités et me faire découvrir des chiffres qu'elle passait jusque là pudiquement sous silence.

C'est pas ma faute à moi...

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En vacances avec une mère-top (1)


Chapitre 1 : Où il est prouvé que la cuisine et moi...

J'ai vécu l'expérience ultime, celle qui, si elle ne vous tue pas vous rend plus forte comme dirait ce bon vieux Nietzsche.

J'ai passé des vacances avec une mère top.
Et j'ai voulu être à la hauteur, quelle folie...
A l'arrivée quel traumatisme..

Mais grâce à Jack Bauer je connais l'importance des séances de débriefing pour évacuer un traumatisme, je m'en va donc me débriefer. 

En relatant une scène au hasard. Celle où autour d'une table conviviale, j'ai déposé le plat préféré de mes enfants afin de nourrir l'assistance.

Or ce jour là, par un amusant phénomène chimique et physique que je ne m'explique toujours pas, ce plat au sortir du four avait l'aspect d'un vomi frais et la consistance de la colle à papier peint.
Et je n'exagère pas.
Mais il était quand même bon (j'avais goûté, il y a des limites à ma non-topitude, si si).
Il était quand même bon, mais pas folle, en découvrant la chose supposée comestible sur la table, ma marmaille a fait front commun et opposé une résistance en bloc à la dégustation de ce petit plat mitonné. Lequel leur semblait d'évidence relever de la guerre bactériologique.

C'est là que j'aurais du renoncer, oui, j'aurais du. Errare humanum ist, perseverare ...

La présence de la témointe-top m'a fait me lancer un défi insensé : leur faire manger quand-même...

J'ai pris mon air le plus bécasse et mon ton le plus enjoué en espérant faire illusion:

-    "Mais si mes chéris, c'est votre plat préféré, vous savez bien..."

A-t-on vu phrase plus bête?
Oui, arrêtons-nos une minute sur la pertinence de cette phrase à ce moment précis où je cherche à convaincre la témointe de la scène de mes réussites éducatives.

Présenter comme "plat préféré" une mixture que même le cochon de la ferme d'à côté dédaignerait à la vue, c'est laisser la témointe-top de la scène rêveuse quant à l'aspect des autres plats qui ne sont pas "préférés"

Insister lourdement sur le fait que c'est le "plat préféré" alors qu'à l'évidence aucun de mes descendants n'acceptera de plonger une des dents de sa fourchette dans la mixture, c'est laisser la témointe de la scène rêveuse quant à l'attitude de ma marmaille lorsque je leur présente un aliment nouveau.

Bref, s'enfoncer d'avantage dans cette situation que je ne le fis en répétant cinq fois cette phrase, je pense que c'est impossible.

Mais... plonger encore plus au fond du trou, c'était possible.

Il suffisait d'attendre un peu. Attendre le moment où la situation s'est inversée et où la mère-top a servi ce même plat à ses enfants:
Même premier refus de ses enfants, jusque là, tout va bien.
Même phrase standard:

-    "On ne dit pas qu'on n'aime pas sans avoir goûté"

Oui, jusque là, ça va, je sais dire aussi.

Mais là ça a dérapé grave. Et pas à mon avantage. J'ai vu des assiettes se tendre, ses enfants goûter, apprécier, et en redemander.
Trois fois!!!

Dois-je préciser que cela n'a en rien troublé ma progéniture qui est restée intègre dans son absolu refus de goûter?

Dois-je préciser que je fus liquéfiée de honte et traumatisée de culpabilité?
Et pleine de questionnement pour savoir comment refiler discrétos des bouts de pains à mes gamins afin qu'ils n'aient pas le ventre vide en se levant de table? Me doutant bien que cette façon de nourrir mes enfants ne pouvait rentrer dans aucun schéma de topitude?

Sainte-patronne des mères-pas top, pourquoi m'as-tu abandonnée?

 

PS1 : Merci à toutes celles qui m'ont laissé des mots pendant ces 15 jours, mots que je découvrais au hasard de mes rencontres avec un ordinateur connecté et qui sont encore et toujours des cuillérées de miel dans  mes journées.

PS2 : Qui a réglé son réveil en oubliant de le mettre à la nouvelle heure et est maintenant méchemment à la bourre (et toute la famille avec)? Qui? Eh oui, bon faut sérieusement que je m'active....

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Des bâtons dans les roues

 

 Et pourtant il m'arrive de faire des efforts.

Que ce soit sous l'impulsion d'une phase de la lune, d'une poussée d'hormones ou d'un gros coup de culpabilisation engendrée par la rencontre fortuite avec une mère top, il y a des jours où je me lance des défis de folie.

Cuisiner par exemple.

Un plat qui nécessite plus de deux ingrédients (l'eau et les pâtes).
Un bon petit plat. Avec le secret espoir que dans trente ans ils en parleront encore avec des trémolos dans la voix, cherchant à travers toute la France un restaurateur dont la création se comparerait à la mienne. Et revenant encore et toujours dans mon antre chaleureuse déguster ce bon petit plat de "quand on était petits".

Euh, attendez... Ce n'est pas parce que, une fois comme ça un jour de grande déprime, je me prépare à une bataille homérique avec mes casseroles pour que ce moment surréaliste devienne un rituel non plus. 

 Rectifions donc et reprenons la phrase précédente :
" Et revenant encore et toujours dans mon antre chaleureuse me supplier de refaire ce plat que j'avais fait un jour. "Tu sais, une fois, il y a longtemps, quand on était petits"".

Enfin bref quoi qu'il en soit, je me retrouve parfois devant mon fourneau. Pleine de bonne volonté! No comment...

Et là, sans vouloir me chercher des excuses, il faut avouer qu'il y a des obstacles. Physiques.
Des bâtons dans les roues.
Ou plutôt des gamins dans les pattes.

Car pour réussir ce programme (rappelez-moi d'ailleurs de le soumettre aux scénariste de l'excellent feuilleton "mission impossible" tellement il en représente la quintessence), il me faut:

Ouvrir le frigidaire pour y attraper la viande et certains légumes. Saisir sur l'étagère le sel le poivre et les condiments. Chercher les patates et les oignons qui sont rangés avec les casseroles (oui parfaitement). Empoigner la cocotte en fonte héritée d'une vieille tante et qui se trouve dans le placard de l'entrée (la cocotte, pas la vieille tante voyons). Chercher l'huile, prendre le couteau de cuisine dans le tiroir, revenir sur le coin de table libre, m'apercevoir que j'ai oublié l'épluche-légumes, réouvrir le tiroir, le refermer. Avoir besoin de la farine, donc d'une cuillère pour en répartir un peu, donc réouvrir un tiroir qu'il faudra refermer.
Ne pas oublier au passage la cuillère en bois, baguette magique de la cuisinière et dont je confirme l'effet magique: c'est bien simple, dès que je l'ai en main j'ai l'impression d'être dans un spot télé pour les 5 fruits et légumes par jour.

Voilà, je suis enfin parée.
Voilà...
Voilà?
Voilà pas du tout!!!

Car toi mère-ma-soeur, tu m'as déjà comprise, mais pour tous les autres, vous avez une idée du nombre de déplacements que ce petit programme implique?
Non? Et bien moi si!!!
Chaque déplacement, chaque mouvement, chaque ouverture et fermeture de tiroir doivent être négociés pour ne pas envoyer la porte du frigo dans la tête de celui qui s'est évidemment posté pile poil devant, ne pas pincer les doigts de l'autre en refermant le tiroir sur lequel il avait posé ses petites mimines au moment où je l'ai ouvert, ne pas m'étaler de tout mon long lors d'un déplacement en arrière en raison de la présence dans mon dos d'une personne de 1 m 10 que je n'avais pas repérée, accéder à l'étagère malgré les deux personnes de petites tailles qui se sont interposées entre elle et moi etc etc...
Vous comprendrez donc que ce moment qui demande la fluidité des gestes, la souplesse des mouvements et l'endurance à l'effort d'une danseuse étoile, je ne m'y résolve que contrainte et forcée par un phénomène cosmique court-circuitant momentanément l'agencement de mes neurones.

L'arrivée de ma belle-mère par exemple

Faire des entrechats dans ma cuisine, très peu pour moi...

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et TACs (2)

L'autre jour nous parlions des TACs (Troubles Alimentaires Compulsifs). Et de cette trouille bleue de les transmettre à nos enfants.
Impératif, ce me semble, pour éviter cette impardonnable faute de goût : bannir du vocabulaire culinaire toute référence au poids :"Ça fait grossir"; à la culpabilité: "Ce n'est pas bien"; et au chantage affectif: "Pour me faire plaisir"

Ah ben oui d'accord, mais alors là...
On répond quoi quand ils nous redemandent des frites pour la troisième fois?

La question est complexe et mérite réflexion.
Je me suis attelée à la tâche. Et j'ai étudié des exemples ancestraux. Telle une ethnologue de la topitude, je suis allée voir comment faisaient celles qui m'ont précédées. Je vous le dis tout de suite, après avoir fait ce petit bilan, j'ai réalisé que mon hérédité de non-topitude était chargée.
Enfin bref, si vous voulez vous faire une idée par vous-même...

(Pour la lisibillité de l'expérience, j'ai placé le dialogue autour de la table familiale, quelques instants avant le dessert):

Exemple numéro 1, autour de l'an de grâce 1950 :
    Comme ma grand-mère à ses enfants
- "Maman je peux avoir des frites?"
- "Non"
- "Pourquoi?"
- "Tu oses répondre à ta mère? Va dans ta chambre sans dessert petit insolent".

On notera au passage que cette réponse permet d'évacuer sans en avoir l'air le problème du dessert, potentiel bombe calorique.
L'ingéniosité de nos grands-mères étaient prodigieuse non?
Nonobstant, est-il raisonnable en 2008 de vouloir en tous points suivre les exemples éducatifs hérités directement d'une enfance aux alentours de la guerre de 14? Je m'interroge...

Exemple numéro 2 quelques années après l'an de grâce 1970 :
    Comme ma mère à ses enfants
- "Maman, je peux avoir des frites?"
- "Non"
- "Pourquoi?"
- "Parce que"
- "Parce que quoi?"
- "Parce que c'est comme ça"

On admirera la subtilité d'une démarche qui permet de rester sur ses positions sans jamais se fourvoyer dans des expressions potentiellement dangereuses.

Ah nos mères, quelles femmes !!!... Néanmoins cela nous a-t-il évité les troubles de l'alimentation?
A l'évidence non, oublions donc cet exemple.

Exemple numéro 3 quelques années après l'an de grâce 1990 :
    Comme ma soeur aînée à ses enfants
- "Maman, je peux avoir des frites?"
- "Non"
- "Pourquoi?"
- "C'est bien d'avoir posé la question mon chéri, sache que l'ingestion de tels féculents après leur passage prolongé dans un milieu lipidique t'expose à l'augmentation de la masse de kilojoules que tu apportes à ton organisme lors de son rythme circadien, lequel organisme utilise lesdits kilojoules pour son adipocytogenèse."
- "...?"
- "Tu veux du ketchup avec tes frites?"

Oui, ma soeur a tout lu mais quelques concepts lui échappent encore, notamment celui de la cohérence entre le discours et les actes.
Oublions son exemple, il ne nous ménera pas très loin.

Ben oui mais alors...
On répond quoi...???

Et bien mère-ma-soeur, j'ai trouvé LA solution. Yes. Et je te la refile de bon coeur

Il suffit d'agir:
 "Scrountch, scrountch"
puis de parler:
-    "Ah ben non il n'y en a plus regarde,  je les ai toutes mangées"

Imparable!

PS : Oui oui, en haut vous avez la photo de cette traîtresse cellule qui ose se remplir de graisse au hasard de l'ingestion de quelques cuillérées de nutella ou autre petit bonheur! Tête sympa non? 

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Et TAC

 
TAC : Troubles Alimentaires Compulsifs, notion que je crée si elle n'existe pas déjà

On le sait, la relation à la nourriture n'est pas toujours simple-simple.
La vue d'un paquet de granola (plein) peut engendrer une délicieuse excitation du plaisir à venir, alors que la vue du paquet de granola (vide) remplit de haine et de dégoût pour cette chienne de vie qui n'a pas su refréner notre impulsion d'en avaler un nombre non-raisonnable.
Euh... tous en fait.
Moins les quelques échantillons donnés à la marmaille afin d'avoir une bonne excuse pour ouvrir le paquet.

Marmaille à qui bien sûr, personnellement, je ne permets pas de prendre une deuxième de ces merveilles. Perfection de biscuit, sensation du sablé qui s'éparpille sur chacune des papilles, parfum du chocolat qui se développe sur le palais, humidité chaude de la bouche qui exhale le tout, jouissance...

Ahem, excusez-moi, je m'égare...

Je disais donc que je surveille l'alimentation de ma marmaille encore plus sévèrement que Madame de Fontenay ne surveille celle de ses Miss ou que l'éleveur de génisse ne surveille celle de sa championne.

Dans le but avoué qu'elle (ma marmaille, pas la génisse voyons) reçoive le nombre précis de vitamines et la quantité exacte de minéraux nécessaires, tels que recommandés par le premier paquet de céréales venu. Ou pot de yaourt. Ou barres soi-disant diététiques. Sous certains aspects  un super-marché moyen ressemble ainsi à une bibliothèque de nutritionniste de pointe.

Mais je m'égare encore, je n'ose vous dévoiler toute ma pensée.
En réalité, si mon but avoué est leur équilibre alimentaire, mon but réel, mais caché, est qu'ils ne prennent pas trop de poids. Mais n'est-ce-pas, je suis bien trop hypocrite et politiquement correcte pour le formuler. Peut-être aussi un reste d'intelligence me permet-il de savoir que des kilos en plus sont loin d'être une catastrophe, que la vie peut être belle dans toutes les tailles, que le principal c'est de s'aimer, et non de ressembler aux canons de silhouette actuels.

Oui mais...
Oui mais ce sont mes enfants...
Oui mes ce sont mes filles...
Oui mais je ne veux pas qu'elles vivent mon adolescence pourrie par ces kilos...

Alors malgré mes belles théories et malgré toutes mes jolies et élégantes amies rondes, malgré l'harmonie qui se dégage de certains corps pleins de courbes, je suis angoissée de voir le poids de l'un de mes enfants s'envoler plus vite qu'il ne le faudrait.

D'où granola à l'unité. Pour eux tout du moins.

Oui mais alors... que répondre à la demande : "Je peux en avoir un deuxième?"
Parce que depuis Dolto, Rufo et Borloo (ah bon, lui aussi?) on sait que priver un enfant d'un aliment sous le fallacieux pretexte que "ça fait grossir" c'est la porte ouverte aux TACs.

En plus pas forcément. Fait grossir je veux dire. Il y a des personnes, détestables cela va sans dire, que dix granolas d'affilée NE FONT PAS grossir. Tandis que, excusez-moi de me mettre ainsi en avant, mon corps à la chimie interne extrêmement performante est capable de transformer 1 gramme de granola en 100 grammes de graisse. Oui madame! Pour une fois que je suis physiquement performante, il faut que ça tombe sur la création de graisse, pas de bol...

Du coup l'une de mes grandes dépenses d'énergie dans ma vie de mère, c'est d'inciter les enfants à manger des nourritures saines, sans parler poids, sans prononcer de mots qui, même de très loin, pourrait évoquer la culpabilité, sans transformer les repas en un séminaire de formation en nutrition comparée.

Autant dire une mission que même mon ami Jack (Bauer, pas Chirac), il déclare forfait.

-       "Bien plus simple de sauver les Etats-Unis d'une rafale de bombes atomiques" m'a-t-il dit.

Faut-il le préciser, je n'ai toujours pas trouvé la solution, sauf à cuisiner délicieusement TOUS les jours. Mais là moi aussi je dis

-       "Bien plus simple de sauver les Etats-Unis d'une rafale de bombes atomiques"

 
PS : En y réfléchissant, j'ai trouvé quelques différents modèles de réponses maternelles possibles, recueillies au gré de mes expériences. Je dois avouer qu'elles ne m'ont guère aidée, mais si cela vous intéresse, vous pourrez revenir les lire ici même demain. 

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A table

Mère-ma-soeur, je suis sûre que comme moi tu rêves d'inculquer à tes enfants le bonheur d'une nourriture saine et raisonnable. Voir tes enfants respirer de bonheur à la vue de ce plat de poisson au court bouillon ,accompagné de ses salsifis cuisinés avec amour, est un de tes rêves de base.

Rêve qui dans mon cas tient du phantasme le plus pur. Car pour ce faire, il me serait déjà utile de savoir comment se cuisent des salsifis. Ce qui m'amène à penser que je n'ai aucune idée de ce à quoi peuvent ressembler des salsifis crus.

Il m'est évidemment possible d'entrer chez n'importe quel primeur et de lancer sur un ton qui en imposerait:
-    "Dites-moi mon brave, donnez-moi quelques salsifis. De vos plus frais n'est-ce-pas!"

Mais je n'ose. Le problème avec les fruits et légumes, c'est cette histoire de saisons. Si d'aventure il s'avère que ma demande est totalement anachronique, je crains le sourire méprisant que tant d'inculture potagère pourrait faire naître.
Mais si, solution redoutable, ce charmant commerçant me répond:

-    "C'est comme si c'était fait ma petite dame, je vous en mets trois livres?"
La situation serait pire.

Je me retrouverais alors en possession d'un sac plein d'un légume dont mon dernier souvenir remonte à ma cantine de primaire (dès le collège, déjà,"ils" n'essayaient même plus).

Or, caractéristique amusante, il existe deux ou trois objets dans mon appartement dont la vue m'inspire un profond ennui, tels que le produit pour nettoyer les vitres, le panier avec le courrier en retard et...
Et l'épluche-légume, autrement nommé "économe". Petit nom qui nous rappelle les intendants des lycées de nos grand-parents et qui est bien la seule caractéristique plaisante à son sujet.

Dans une telle situation, mon phantasme tournerait déjà au cauchemar. Assise devant ma montagne de salsifis, crus, que je ne saurais par quel bout prendre (les salsifis, pas la montagne).
Dans les relents de vapeurs de court-bouillon poissonesque (oui ça je sais à peu près faire).
Et dans la profonde déprime de la mère rêvant de ce paquet de frites surgelées qui lui tendait les bras.

Mais le pire resterait à venir. Car en mère moderne et connectée à la toile intersidérale, j'arriverais bien à trouver une recette de salsifis, mise en ligne par une lointaine ménagère du nord du Quebec et qui s'occupe pendant ses longs mois d'hiver. A cuisiner des salsifis. Faut la comprendre, c'est ça ou la conversation avec un caribou. Quoique à sa place, je crois que je choisirais la conversation avec le caribou.

Munie de cette précieuse recette, je serais alors à même de déposer ce plat phantasmé sur la table familiale.

Et là, mère-ma-soeur, je suis sûre que grâce à ton expérience, la suite te paraît claire:

Tout d'abord des enfants qui reçoivent, sous la menace, un centimètre carré de salsifis dans leur assiette:
-    "On ne dit pas qu'on n'aime pas sans avoir goûté. Mange ça ou tu n'auras pas de dessert"

Ensuite une mère en plein trip salsifesque, doublée d'une très très légère mauvaise foi.
-    "Hmmmm mais quel délice, un bonheur, je me pâme, je défaille de plaisir, ah ces salsifis..."

Enfin 1,2 kg de salsifis à ne pas laisser perdre (oui le père, dans un soutien sans faille à son épouse, a accepté d'en manger 100 grammes).

Je vous laisse, j'ai des salsifis à manger..

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Chapeau bas

J'avoue?

Allez j'avoue...

Il y a des jours où je me sens.. top

Des jours où je promène sur ma marmaille un oeil énamouré et larmoyant d'émotion tellement je sens que nous atteignons la perfection.

Qu'à côté de nous la famille Ricoré c'est carrément les Thénardiers.

J'envie mes enfants d'avoir la mère qu'ils ont, j'envie leur père d'être tombé sur cette perle, j'envie mes voisins de nous croiser ces jours-là....

Ces jours-là, je regrette que la médaille de la meilleure mère soit tombée aux oubliettes depuis bien longtemps, je regrette de ne pas être plus connue pour que mon exploit soit encore plus célébré, je regrette de ne pas avoir plus d'enfants pour que ma victoire soit encore plus flagrante.

Ces jours-là, je suis tellement contente de moi, que je m'imagine déjà diriger la rédaction de la rubrique "bien-être-enfants" de tous les magazines féminins, je me vois déjà présenter l'émission "les maternelles" dès la prochaine rentrée scolaire, j'envisage presque d'être appelée à l'Elysée pour diriger la commission sur la petite enfance.

Ces jours-là...
Ces jours où j'ai cuisiné des légumes...

Et où ils les ont mangé!
En en ont redemandé!!

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