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Rituels du soir



Il est tard et l'appartement est silencieux depuis longtemps, je suis la dernière éveillée.

Je m'étire. Je vais me coucher. Plus que temps.

La salle de bain. Juste les bruits habituels.

Me déshabiller. Me mettre en tenue pour dormir.

Rejoindre mon lit.

Et en chemin...

Entrer dans leur chambre. Remonter les couvertures.

Ôter du lit les jouets qui traînent, les livres ouverts, les vêtements froissés.

Passer une main sur leur visage.

Sourire de les voir grimacer.

Ne pas résister et les embrasser.

Les admirer. Juste les regarder.

Ne pas résister encore et les réembrasser.

Et...

C'est pas vrai. Dites-moi que ce n'est pas vrai!

Put*** merd*, je l'ai réveillé.

Et maintenant il pleure..

Alors que je pourrais être déjà dans mon lit.

Non mais qu'est-ce-que je peux être STUPIDE parfois!

Il va continuer à m'enquiquiner encore longtemps comme ça? 

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J'ai honte

 

Aujourd'hui, court sera le post.

Parce que parfois, on fait de telles découvertes sur soi-même qu'on préfère ne pas s'étendre dessus.

Pourtant, je reconnais ma non-topitude dans beaucoup de domaines.

Nulle en  brico, désastreuse en cuisine, incapable de lire une histoire sans bâiller d'ennui, lectrice en douce du journal alors que je suis censée jouer au jeu de société (je me fais immanquablement gauler quand mon tour arrive, lorsqu'ils me  tirent par la manche pour que je réagisse...).
Ajoutez à cela une très légère tendance à la répétition de l'expression:

    - "Mais c'est pas possible, j'y crois pas, c'est pas vrai, purée j'y crois pas ".

A chaque fois qu'un léger détail de la vie quotidienne m'exaspère...

Et vous comprendrez que je n'ai aucune chance d'être un jour contactée pas Delarue si d'aventure il produit une émission telle que : " Ces mères qu'on leur envie... "
Je reconnais qu'il aurait du boulot pour trouver le "on".

Mais tout cela n'est rien.

Aujourd'hui, j'ai atteint mes limites de l'esprit de sacrifice de la mère.

Déjà chez moi, ces limites se rapprochent dangereusement dans la situation où il ne reste plus qu'une seule part de gâteau sur la table.
Et où je la veux.
Ou bien quand ils se glissent contre moi la nuit et que le bout de couette qu'on se partage ne peut d'évidence pas couvrir nos deux corps à la fois.
Alors que j'ai froid.
Ou encore quand en voiture partis pour 14 heures de route la question de savoir si on écoute un conte ou un disque de Bénabar vient à se poser.
Et que je n'ai jamais supporté les contes.
Sans parler de ces répétitifs moments où ils se font mal alors que je papote depuis 3/4 d'heure au téléphone avec une amie.
Et qu'on n'a pas fini de tout se raconter...

Grâce à ces quelques cas concrets, sur le sujet précis sacrifice maternel, je savais déjà que ma barre était basse...

Mais hier, la dimension de la révélation fut bien supérieure...

Hier où j'ai accompagné ma fille chez le dentiste, restant tout contre elle dans cette épreuve,
Hier où il lui a passé la roulette,

Et où je me suis fait très clairement la réflexion:

    "- Ben je préfère à elle qu'à moi"

Mon Dieu que j'ai honte....!

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Cinema Paradiso



 Aujourd'hui, c'est "soirée-ciné".

La "soirée-ciné" est au visionnage de DVD ce que le week-end à Venise est au week-en à Deauville.

Le même plaisir, mais avec en plus une dimension... magique....

On installe le canapé en lit, on se met tous sous la couette serrés les uns contre les autres, on attend le livreur de pizza et... en route pour une soirée trop chouette, avec esquimaux glacés en prime pour le dessert.

Le bonheur.

Evidemment, il manque un détail dans cette description.
Un détail non négligeable.

C'est quoi le film?

C'est quoi le film qu'on peut regarder en famille et qui plaît de la même façon à tous, quand la famille se compose de plus d'une personne?
D'âges et de sexes variés?
Enfin variés, les sexes, n'exagérons rien... on n'est quand même pas génétiquement modifiés.
Quant aux âges.. a-t-on jamais vu une famille se composer exclusivement de personnes du même sexe et du même âge?

Enfin bref.
Revenons à notre problème.

Quel film remplit toutes les conditions nécessaires à un visionnage familial?
Pas facile...

A ce stade du récit, il faut que je précise une fois pour toutes : je n'aime pas les dessins animés, je ne supporte pas les dessins animés, je deteste les dessins animés.
Il m'ennuient profondément.
Soirée-cinés et dessins animés sont donc antinomiques chez nous.

Alors quel film peut passer la sélection pour ces soirées?
Parce que les pré-requis sont très stricts.
A côté de ça, le boulot de sélectionneur pour le festival de Cannes, c'est de la petite bière.

Les différents paragraphes du cahier des charges sont d'ailleurs très clairs:

- Point de scène de violence, le film ne comportera.
Ici attention. La barre est très basse chez nous. En gros quand Oui-Oui engueule sa voiture parce qu'elle a encore fait pouêt au mauvais moment, certains membres de la famille en sont déjà tout retournés.

- Point de scène à la dimension angoissante trop appuyée, le film ne montrera.
Ici de même, on part de loin.
Pour donner une idée, la scène où le grand Mamouth Blanc apparaît dans le brouillard, dans le trop méconnu "Babar à la neige", est considéré par certains comme insoutenable d'angoisse. A ranger dans la même catégories que toute la série des "Freddy"
Un film qui ne fait pas peur, dans ces conditions, ce n'est pas gagné-gagné...

Enfin bien sûr:
- Toute scène charnelle du film sera exclue.
Pour faire simple, si le fondu enchaîné n'apparaît pas dans la demi-seconde où les bouches se rapprochent, le film n'est pas selectionné.

J'ai encore des sueurs froides au souvenir de ce jour où, alors que la sélection était censée avoir été rigoureuse, l'héroïne (et le spectateur avec) entrevoit quelques secondes son mari et sa maîtresse en plein ébat amoureux.

- "Mais il est fou, pourquoi il lui saute dessus comme ça?"

Evidemment, comme déjà évoqué sur ces pages, tout espoir d'éluder la question est un doux rêve...

D'où la nécessité d'avoir bétonné la sélection.
Avec les points pré-cités non négociables.

Il est certain qu'avec un tel cahier des charges, nos soirées-cinés peuvent paraître aussi tentantes que l'idée  d'aller boire un coup avec Benoît XVI au troquet du coin.

Et bien oui mais non.

Parce que j'ai mes trucs.

De ma filmographie personnelle, j'ai sorti, non seulement tous les Charlots (perfection absolue) mais aussi toutes les comédies romantiques et toutes les adaptations de Jane Austen qui sont mes anti-dépresseurs perso, et plein de comédies.

Et on se regarde ça tous ensemble en mangeant notre pizza puis en suçant nos esquimaux.

Bien sûr, le silence n'est pas requis. Certains films nécessitent même de donner une formation juridique historique accélérée (le principe de l'héritage de père en fils et non de père en fille, la grande Dépressin de 1929 aux Etats-Unis), ou même de faire des pauses-explicatives si une scène est un peu trop elliptique.

Pour avoir une idée de comment une ellipse leur passe au dessus de la tête, visualise la trajectoire d'un satellite dans la stratosphère. Mesure la distance avec le sommet de leur crâne. Voilà, tu sais à combien ça leur est passé.

Pour vous dire que la "pause-j'explique", parfois ça peut être long.
Mais ça fait partie du plaisir...
Transmettre, écouter....

Alors de pauses en explications, de choix de parfum d'esquimos en rasade de jus de fruits, le film initialement d'une heure et des brouettes, dure... et dure...

Et puis vous savez mes filles, comme des grandes, elles tombent sous le charme du héros du film, Hugh Grant par exemple.
Et puis mes filles, comme des grandes, elles se prennent à rêver pour le plaisir,  que cel homme, un jour, peut-être, fera partie de leur vie.
Qu'elles le rencontreront...
Que leur souhait se réalisera...

Et qu'il sera leur PAPA!!!

 Mes filles? Elles ont des idées géniales....

Mais bizarrement leur père ne comprend pas cette dimension de leur génie...


PS 1 : Caro, le coup du w.e à Deauville : ne te sens pas visée : parce que pour le coup, le tien,  il parait magique..

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Saint-Jean Bouche d'Or

349-407, plus connu sous le nom de Saint-Jean Bouche d'or

Si faire se peut, dans la bouche d'une mère de famille, certaines locutions doivent être soigneusement évitées.

Ainsi, il est évident que la formule toute faite Put** de Bord** de M** est à manier avec précaution et à réserver aux grandes occasions.
Celles où le choix qui nous reste se réduit à deux seules issues:
- soit l'expression ordurière de l'exaspération qui a pris présentement le contrôle de notre corps.
- soit la mise en orbite immédiate d'un représentant de notre descendance pour nous défouler.
De préférence le plus léger. Ce n'est pas parce qu'on est au bord de la nervous break down qu'on ne garde pas un peu de jugeotte nous permettant d'évaluer le risque de se faire un tour de rein.


De même; on évitera de répondre :

- " De la soupe qui pue "

à la question:

- Qu'est-ce-qu'on mange ce soir?"

Je reconnais que l'immuable répétition quotidienne de cette question mérite à elle seule la mise sur le marché de petites pilules destressantes spéciales mères/pères-de-famille.
Mais n'est-ce-pas, gardons le contrôle de nous même.
Et répondons à la place:

-     " De la pâtée pour chien".

Cette phrase est neutre. Ni agressive, ni dévalorisante. Et puis tous les enfants aiment les animaux. Que peut-on rêver de mieux comme réponse défoulatoire?


Par ailleurs lorsqu'on sera sollicitée pour admirer un dessin, la moindre des décences maternelles nous interdira de répondre:

-     "Ben heureusement que tu me dis que c'est un chat, je n'aurais jamais reconnu"

Non, nous savons toutes que notre enthousiasme face à l'oeuvre n'aura d'équivalent que celui d'un candidat d'un jeu télévisé stupide (pléonasme) lorsqu'il apprend sa victoire.

-    "Mon chéri mais quelle merveille, j'en ai les larmes aux yeux je peux le garder pour l'afficher sur mon bureau, ce chat on a tellement envie de le caresser etc etc..."

Sachant que tout l'art de la mère d'artiste est ensuite de faire disparaître un pourcentage raisonnable de la production de sa descendance  sans que ladite descendance n'en prenne ombrage.


Dans un autre cas de figure, face au chagrin d'un enfant qui vient de s'écorcher le genou, même si l'on fait comprendre que la douleur probable nous parait sans commune mesure avec le cri poussé, on évitera de donner comme argument pour calmer le chérubin:

-     " Ben attends d'avoir eu une bonne séance chez le dentiste , tu verras ce que ça veut dire d'avoir mal. Surtout les jours qui suivent..."

Cet avertissement anti-corporation des diplômés ès-roulettes est supperflu. Notre air  blafard rien qu'à sentir l'odeur lorsqu'on entre dans le cabinet dentaire est assez explicite. N'oublions pas que l'enfant ressent nos sentiments comme une éponge..


Voilà. Tout ça pour dire que, par ces quelques exemples précis, je pense donner totalement gage de ma bonne volonté à créer un dialogue familial harmonieux et constructif, entre personnes qui s'aiment et se respectent.

Alors dites-moi:
 
 Pourquoi, alors que j'exprimais d'une façon subtile et toute en finesse ma lassitude face au niveau sonore présent autour de la table familiale lors de ce repas vespéral...
Pourquoi elle...
Du haut de ses 6 ans...
S'est-elle permis de me répondre:

-     " Ben t'avais qu'a pas avoir d'enfants"

Elle que, comme ses frères et soeurs,  j'adore, me fait fondre, que je ne me lasse pas de regarder vivre...

Mais qu'est-ce-que j'ai bien pu lui dire pour qu'elle me rétorque ça?

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Je suis la plus belle

Aucun doute dans son esprit.

Mes cheveux (sans couleur définie) sont merveilleusement doux et ondulés.

Mon visage (munis de défauts divers et variés) est divinement harmonieux.

Mon corps (avec ses bourrelets, sa cellulite et ce bizarre changement d'échelle dans les proportions du haut et du bas) est on ne peut mieux fait.

Personne ne me surpasse en beauté.

Elle en est persuadée.

Ma fille...
Tellement belle...
Tellement fière quand on lui dit qu'elle me ressemble énormément...

La pauvre...

 

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Haré


Mère ma soeur, depuis hier je ne suis plus la même.

Ma vie est transformée et je veux te faire partager mon expérérience.
(Mais non, j'ai pas vendu mes gosses, oh là là,  je les ai-meuh. Et Jacques Gamblin n'est toujours pas tombé amoureux de moi, l'imbécile).

Non non, c'est beaucoup plus puissant : j'ai rencontré mon Gourou.

Dans une salle d'attente. De dentiste.

Oui je sais, dans ces moments là, vu ce qui nous attend on est trèèès fragile psychologiquement et on est trèèès influençable. Le premier bonimenteur venu, fut-il aussi sexy que Mister Bean, est capable de nous avoir dans les grandes largeurs (si j'ose m'exprimer ainsi).

Mais ne rabaisse pas mon Gourou à Mister Bean tu veux? Le mien c'est une autre pointure.
C'est simple, mon regard a croisé ses paroles et je suis restée scotchée
(Oui, si tu lis une citation, ton regard croise les paroles je te signale. C'est super cohérent comme phrase)

La personne qui savait tout avant tout le monde, qui a théorisé nos difficultés de mère et qui a su les mettre dans une perspective universelle et planétaire.

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Slightly penibeul...

Il y a des jours, faut avouer qu'on regrette quand même un peu...
On maudit notre excellence, on se repend de notre perfection.

Et on se rend compte que l'incomparable éducation de notre descendance commence sérieusement à nous peser sur le coquillard.

Parce qu'il faut bien le dire, c'est humain, il y a des jours...

Des jours où il nous surprend à lire en mangeant.
Ou à nous curer le nez en lisant.
Voire tout cela à la fois (je sais c'est immonde mais c'est humain je vous dis).

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