
Aujourd'hui, c'est "soirée-ciné".
La "soirée-ciné" est au visionnage de DVD ce que le week-end à Venise est au week-en à Deauville.
Le même plaisir, mais avec en plus une dimension... magique....
On installe le canapé en lit, on se met tous sous la couette serrés les uns contre les autres, on attend le livreur de pizza et... en route pour une soirée trop chouette, avec esquimaux glacés en prime pour le dessert.
Le bonheur.
Evidemment, il manque un détail dans cette description.
Un détail non négligeable.
C'est quoi le film?
C'est quoi le film qu'on peut regarder en famille et qui plaît de la même façon à tous, quand la famille se compose de plus d'une personne?
D'âges et de sexes variés?
Enfin variés, les sexes, n'exagérons rien... on n'est quand même pas génétiquement modifiés.
Quant aux âges.. a-t-on jamais vu une famille se composer exclusivement de personnes du même sexe et du même âge?
Enfin bref.
Revenons à notre problème.
Quel film remplit toutes les conditions nécessaires à un visionnage familial?
Pas facile...
A ce stade du récit, il faut que je précise une fois pour toutes : je n'aime pas les dessins animés, je ne supporte pas les dessins animés, je deteste les dessins animés.
Il m'ennuient profondément.
Soirée-cinés et dessins animés sont donc antinomiques chez nous.
Alors quel film peut passer la sélection pour ces soirées?
Parce que les pré-requis sont très stricts.
A côté de ça, le boulot de sélectionneur pour le festival de Cannes, c'est de la petite bière.
Les différents paragraphes du cahier des charges sont d'ailleurs très clairs:
- Point de scène de violence, le film ne comportera.
Ici attention. La barre est très basse chez nous. En gros quand Oui-Oui engueule sa voiture parce qu'elle a encore fait pouêt au mauvais moment, certains membres de la famille en sont déjà tout retournés.
- Point de scène à la dimension angoissante trop appuyée, le film ne montrera.
Ici de même, on part de loin.
Pour donner une idée, la scène où le grand Mamouth Blanc apparaît dans le brouillard, dans le trop méconnu "Babar à la neige", est considéré par certains comme insoutenable d'angoisse. A ranger dans la même catégories que toute la série des "Freddy"
Un film qui ne fait pas peur, dans ces conditions, ce n'est pas gagné-gagné...
Enfin bien sûr:
- Toute scène charnelle du film sera exclue.
Pour faire simple, si le fondu enchaîné n'apparaît pas dans la demi-seconde où les bouches se rapprochent, le film n'est pas selectionné.
J'ai encore des sueurs froides au souvenir de ce jour où, alors que la sélection était censée avoir été rigoureuse, l'héroïne (et le spectateur avec) entrevoit quelques secondes son mari et sa maîtresse en plein ébat amoureux.
- "Mais il est fou, pourquoi il lui saute dessus comme ça?"
Evidemment, comme déjà évoqué sur ces pages, tout espoir d'éluder la question est un doux rêve...
D'où la nécessité d'avoir bétonné la sélection.
Avec les points pré-cités non négociables.
Il est certain qu'avec un tel cahier des charges, nos soirées-cinés peuvent paraître aussi tentantes que l'idée d'aller boire un coup avec Benoît XVI au troquet du coin.
Et bien oui mais non.
Parce que j'ai mes trucs.
De ma filmographie personnelle, j'ai sorti, non seulement tous les Charlots (perfection absolue) mais aussi toutes les comédies romantiques et toutes les adaptations de Jane Austen qui sont mes anti-dépresseurs perso, et plein de comédies.
Et on se regarde ça tous ensemble en mangeant notre pizza puis en suçant nos esquimaux.
Bien sûr, le silence n'est pas requis. Certains films nécessitent même de donner une formation juridique historique accélérée (le principe de l'héritage de père en fils et non de père en fille, la grande Dépressin de 1929 aux Etats-Unis), ou même de faire des pauses-explicatives si une scène est un peu trop elliptique.
Pour avoir une idée de comment une ellipse leur passe au dessus de la tête, visualise la trajectoire d'un satellite dans la stratosphère. Mesure la distance avec le sommet de leur crâne. Voilà, tu sais à combien ça leur est passé.
Pour vous dire que la "pause-j'explique", parfois ça peut être long.
Mais ça fait partie du plaisir...
Transmettre, écouter....
Alors de pauses en explications, de choix de parfum d'esquimos en rasade de jus de fruits, le film initialement d'une heure et des brouettes, dure... et dure...
Et puis vous savez mes filles, comme des grandes, elles tombent sous le charme du héros du film, Hugh Grant par exemple.
Et puis mes filles, comme des grandes, elles se prennent à rêver pour le plaisir, que cel homme, un jour, peut-être, fera partie de leur vie.
Qu'elles le rencontreront...
Que leur souhait se réalisera...
Et qu'il sera leur PAPA!!!
Mes filles? Elles ont des idées géniales....
Mais bizarrement leur père ne comprend pas cette dimension de leur génie...
PS 1 : Caro, le coup du w.e à Deauville : ne te sens pas visée : parce que pour le coup, le tien, il parait magique..