mere-pas-top

Jeune et Jolie

 Ce post je l'avais enlevé un matin. Toi dont la réaction m'avait tellement touchée, j'espère ne pas te refaire mal si tu le lis. Mais finalement, à la relecture et sans le contexte, il m'est apparu ce qu'il est, anodin.
Je m'excuse auprès des personnes très matinales qui ont donc déjà lu ce texte il y a plusieurs semaines, j'ai changé deux trois trucs cependant.

Mère ma soeur, ne nous voilons pas la face, une insulte nous menace gravement. Tôt ou tard, clairement énoncé ou juste pensé très fort, ce mot sera utilisé à notre encontre. Par la chair de notre chair:
    "Mais qu'est-ce-qu'elle me veut encore la vieille...!"

Il faut donc prévenir, pour que jamais au grand jamais cet adjectif sacrilège ne lui vienne en tête.
Permet-moi donc aujourd'hui de me prendre pour un blog girly en vogue et de donner un conseil-beauté: comment ne pas faire son âge?

Ce conseil est très simple, gratuit et pas fatigant.
Je suis en cela bien supérieure à ELLE qui t'indique des crèmes à 15 000 euros le litre et à Femme Actuelle qui t'indique des exercices que quand t'as fini de lire l'article tu transpires (d'angoisse à la vue de ces contorsions épuisantes).

 Non seulement ça fera du bien à mon ego, mais en plus avec un peu de bol, un stagiaire pas futé qui démarre son esclavage gratuit - non, son stage en entreprise pardon - dans une boite de pub, va se planter, lire "conseil-beauté" et m'envoyer des échantillons directs sans regarder le titre du blog. Je suis d'accord avec toi, c'est loin d'être probable. Dommage, mais moi je suis adepte de la devise kurlandaise : "sans essayer, n'aucun succès".

Ah ben zut alors, je voulais te donner des conseils et voilà que je me prends les pieds dans le tapis.

Car le principe de notre conseil beauté est en effet de déprogrammer son cerveau de certaines expressions.

Je ne te parle même pas d'effacer les apostrophes "De mon temps" ou "Quand j'étais jeune". Si tu en es à prononcer ce genre d'entrées en matières, ton cas dépasse ma compétence.

Non il s'agit de déprogrammer ton cerveau des références télévisuelles et musicales de ton enfance.

Prenons un exemple: si dans le vif d'une discussion comme celle que nous connaissons aujourd'hui, une phrase tirée directement d'un feuilleton vieux de trente et des bananes d'années te vient en bouche, empresse-toi de rajouter: "Comme dit toujours ma mère" ou alors "Tu connais ce feuilleton? Ma grand-mère en était fan!"
En clair éloigne les soupçons et met au moins une génération entre toi et ta référence culturelle.

De même si tu te mets à  chanter à tue-tête le générique de Starsky et Hutch
-     "Starskyyyyyy, et Hutch, ta ta ta ta ta ta ta !"
sans préciser immédiatement combien c'est sympa ces chaînes du câbles qui passent des vieux feuilletons d'avant la guerre, là je te dis c'est mort. Tu ruines des années d'application soigneuse de crèmes anti-rides et d'inscription en club de sport.

Petit à petit, il faudra également commencer à manier le concept "Casimir" et "Goldorak" avec précaution. Ces valeureux héros sont traîtres. Si à la moindre vue d'un homme avec de l'embompoint et un tee-shirt orange tu te mets à entonner:
-    "Voici venuuu, le teeeemps des rires et des chants"
crois-moi, autant donner ta date de naissance franco. Pour l'instant, elle est sympathique, mais entraîne-toi pour dans quelques années. Je connais personnellement une femme qui s'est grillée en entonnant le refrain de Colargol alors qu'elle postulait à un emploi-jeune.

La musique je ne t'en parle même pas, il est évident que la mort de Balavoine ne pouvait en rien toucher le nourrisson que tu étais et le premier concert des Enfoirés t'a été raconté par ton grand-frère. La mode Punk te rappelle les photos de ton grand-père jeune.

Et j'espère pour toi que le 6 Mai 2007 tu n'as absolument pas fait mine de reconnaître qui que ce soit dans les personnalités autour de Sarko et tu n'as pas dit:
-    "Mireille Matthieu? Elle existe encore? Ben ça ne nous rajeunit pas"
Car dans ce cas-là, crois-moi, autant raconter combien c'était chouette quand tes parents ont acheté leur première télé en couleurs. Et que la télécommande tu trouvais ça mortel!

Voilà, mère-ma-soeur, je t'ai fait un petit topo rapide pour que tu comprennes le concept. C'est simple, par sécurité il faut juste faire l'effort d'oublier immédiatement ce que tu regardes à la télé.
Oui je suis d'accord avec toi: en réalité vu l'inanité de la plupart des programmes, l'effort intellectuel réel serait de SE SOUVENIR de ce qu'on a vu cinq minutes auparavant.

Avant de terminer totalement, j'aimerais cependant t'indiquer la seule référence que tu peux te permettre de garder en tête et de citer à tout bout de champs:
"La petite maison dans la prairie".
Plus personne n'étant à même de se souvenir de sa première diffusion (1873? 1902? Les experts s'empoignent à ce sujet et des datations au carbone 14 sont en cours), ce feuilleton ne rentre plus dans la catégorie des cafteurs cathodiques.

PS: Au fait j'ai oublié de préciser:
Après la phrase:
"Dommage, mais moi je suis adepte de la devise kurlandaise : sans essayer, n'aucun succès",
il fallait lire:
" Mère-ma-soeur, tu connais ce feuilleton? Ma grand-mère en était fan!"
Quel feuilleton? Mais la Demoiselle d'Avignon bien sûr.


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Pourquoi moi?


Punie, je suis punie!

Par le Ciel, Rael, Bouddha je ne sais pas mais il y a quelqu'un là-haut qui a décidé de me prendre au mot.

Je n'arrête pas de bramer sur ces pages que oui, on peut être mère de famille et tendance, sympathique, à la mode, agréable à regarder, que sais-je? Et voilà-t-y pas que le Ciel, Rael, Bouddha ou je ne sais qui, me le prouve.
 

Bien évidemment en choisissant un autre truchement que ma modeste personne, ç'eut été trop beau! "Ils" ont choisi le truchement de ma nouvelle collègue, MDF et gravure de mode. Jolie comme tout cela va sans dire.

Un catalogue à elle toute-seule.
Chaque jour, une page différente.
Avec le petit plus qui fait toute la différence, le petit plus dépassant tellement les capacités modeuses de mon intellect qu'il m'a fallu plusieurs jours pour m'en rendre compte...

Le sac à main est chaque jour assorti aux chaussures!!!

Moi qui fait des mines le matin devant le miroir de la salle de bain quand je pense à mettre un collier (féminité quand tu nous tiens), lorsque je suis face à elle je me sens aussi féminine qu'une fillette de 6 ans qui met les talons de sa mère après s'être consciencieusement tartinée de rouge à lèvres

Et si je continue sur ma voie régressive, je vais finir dans la peau d'une fillette de 4 ans et lui sortir:
    "Madame t'est trop belle, moi quand ze serai grande ze veux être belle comme toi"

Je suis effondrée.
Mère-ma-soeur comprends moi bien, je ne suis pas jalouse. Mais avoue que récupérer comme collègue Claudia Schiffer ou tout comme, ça n'aide pas à la confiance en soi.
Une Claudia Schiffer charmante, discrète, efficace, souriante, ne donnant aucun détail sur les gastros de ses enfants. Pas de cacas mous dans la conversation, point de détail sur l'aspect du vomi de la nuit.
Ah ben si les mères ne parlent plus de leurs enfants à la cantonade colleguesque sans aucun égard pour l'ennui profond qui soudain teinte le regard de l'assemblée, où va-t-on?

On va là où je dis qu'on est (oui je sais cette dernière phrase atteint des sommets de style et de poésie, je fais des efforts puissants d'écriture comme vous pouvez le constater)

Et cette collègue est la preuve vivante que j'ai raison!!!
La mère de famille est un être humain comme les autres, qui peut même être extrêmement charismatique et attachant.

Mais puisque je suis déjà convaincue, pourquoi me l'avoir refilée à moi cette collègue???

Franchement le Ciel, Rael, Bouddha ou qui que ce soit, vous ne pouviez pas choisir une autre victime?

PS: Bien evidemment je ne considère pas Rael et Bouddha du même oeil, le second m'étant sympathique contrairement au premier que je méprise. C'est juste la licence poétique qui a créé cet étrange attelage, comme dirait mon charcutier.

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Top shop

 

 

 Je vous avais déjà dit que parfois, dans ma vie, je me sens mère-top.
OK seulement quand je cuisine des légumes et qu'ils les mangent, ce qui n'est déjà pas mal je trouve.
Et bien aujourd'hui sous vos yeux éblouis il me faut révéler qu'il m'arrive, à d'autres occasions, de me prendre en flagrant délit de topitude!

Cela commence toujours par un bel après-midi de n'importe quelle saison. Par un concours de circonstances extraordinaires, je dispose de deux gigantesques heures consécutives pour faire un petit shopping.
Je débute cette saine activité la tête emplie de visions fantasmagoriques. Je vois déjà mon jarret conquérant sortant d'une low-boot si féminine, à la cambrure idéale connue sous le nom de "red-carpet-cambrure". Sur mes hanches s'évase une fluide robe grise ou chocolat, surmontée d'un petit gilet adorable de féminité. Sans oublier le jean parfait que j'aurai trouvé par la même occasion et que l'état de son prédécesseur rend indispensable.
Prenez tous ces éléments ensemble, mixez-les bien, considérez le temps imparti et vous conviendrez avec moi que ce petit shopping semble tout droit...
     ... voué à l'échec.
Ça ne rate jamais!

A part Julia Roberts dans Pretty Woman ou une blogueuse girly qui nous raconte son après-midi de la veille, franchement, je ne connais aucune femme qui en deux heures de temps est capable de se trouver ne serait que une seule des pièces vestimentaires phantasmées.

Enfin en tous cas pas moi.

D'où un moral qui, dès le second magasin rempli de pièces qui m'ont (rayer les mentions inutiles):
-boudinée/ mis la taille à la hauteur des fesses/ rendu mon teint proche de celui du hareng pas frais/ confirmé que décidément non, les paillettes ça fait pétasse-
se teinte de la nuance délicate connue sous l'appellation: "Ciel de novembre vers 17 heures".

Bref le plombage, la déprime, le dégoût absolu.

Maaaais, c'est là que se situe ma botte secrète me permettant d'entretenir ma fièvre acheteuse.

Un petit changement d'étage chez H&M, un petit tour dans une enseigne colorée et mon après-midi shopping est sauvée.
Moi aussi, telle une jet-setteuse en pleine préparation de sa prochaine soirée, ou n'importe quel personnage féminin d'une série new-yorkaise et la City, je peux rentrer chez moi fourbue mais heureuse, jeter d'un geste négligent un monceau d'emplettes sur le canapé et me préparer un thé fumé à déguster avec un millimétrique biscuit citroné.

Et là je me sens classe.
Carrie Bradshaw n'a qu'à bien se tenir.

Bon, jusqu'à l'ouverture des sacs j'avoue.

Puisque bien entendu les low-boots se sont transformées en paire de chaussettes pointure 28 (vendues par 3 c'est moins cher), le jean parfait a des jambes d'environ 55 cm de longueur et la robe fluide et sobre se retrouve agrémentée de gros volants (mais toujours sans paillettes parce que décidément les paillettes ça fait pétasse).

Fin de la séquence glamour.
Début de la séquence mère top.

J'ai sacrifié volontairement et sans aucune pression (à part celle du miroir de la cabine d'essayage) mon après-midi shopping  au renouvellement de la garde-robe de mes enfants.

Si c'est pas de la topitude-attitude ça! 

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Trois soeurs

 

 

 

 J'étais la moins jolie des trois.

Ou je me l'imaginais.

J'ai admiré mes soeurs. Souhaité leur jolie peau à l'heure où la mienne se couvrait de boutons, envié leur fine silhouette quand la mienne s'est alourdie de tout mon mal-être, convoité leur joli sourire que n'enlaidissait aucun appareil dentaire. Rêvé à en pleurer de posséder la finesse de leurs traits.

Les adultes en visite disaient à mes parents:

-    "C'est une beauté"

Mais...
Il s'agissait toujours de mes soeurs. Ou alors mes oreilles, obéissant à mon cerveau d'adolescente complexée, n'entendaient que les paroles qui alimentaient ce complexe. 

C'est vrai, j'avais de l'esprit, je le cultivais soigneusement. C'était lui et lui seul qui me procurait l'amitié des autres. En tous cas j'en étais persuadée. Pendant longtemps sûre d'être laide, je ne laissais à aucun garçon la possibilité de me dire ou prouver le contraire. La conviction de ma mocheté me poussait à m'exclure moi-même de ce jeu de chaise musicale des flirts adolescents, et cette exclusion était en retour la preuve indubitable de ma laideur.

Et puis j'ai grandi, et puis j'ai mûri, et puis j'ai appris peu à peu à reconnaître les atouts que je possédais, à camoufler ce que je n'aimais pas, à comprendre que la beauté n'est pas indispensable à une vie heureuse. On m'a prouvé que je plaisais.
Ce que j'écris là en quelques mots s'est écoulé sur des années de ma vie de jeune adute.

Et puis un jour enfin j'ai su que j'étais une femme idéale puisque ce jeune homme rêvé que je venais de rencontrer le pensait si fort.

Aujourd'hui j'ai trois filles.

Et comme mes parents jadis, j'entends les amis adultes me dire:

-    "Ce sont des beautés."

Mais...
En parlant de deux d'entre elles...

La troisième n'a aucune tare, elle n'a juste pas reçu ces yeux bleus particuliers en héritage, ni cette extrême finesse de traits.
Elle est vive et belle.
Moins  inhabituelle que ses soeurs sans doute.

Et déjà du haut de son tout petit âge, je l'ai surprise l'autre jour face au miroir, scruter son reflet d'un air si sérieux. Puis me dire:

-    "Moi je voudrais avoir le même visage que mes soeurs, elles sont plus jolies."

Alors j'ai retenu mes larmes et je l'ai prise dans mes bras.

Je lui ai dit que ses yeux de jais sont comme ceux de Blanche-Neige, la plus belle du conte, que ses cheveux lisses et sombres ressemblent à ceux de cette actrice indienne qu'elle admire tant, que sa bouche a la couleur d'une pierre précieuse.

Et puis je lui ai dit qu'un air bête et méchant rend laid même un joli visage, alors qu'un air vif et intéressé rend tous les visages attractifs.

Ce jour-là je l'ai rassérénée.

Mais depuis, mon coeur se serre quand je la vois se regarder un peu trop longtemps.
Que voit-elle dans le miroir cette enfant si jolie et belle comme un coeur?

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