mere-pas-top

Voisins-voisines


Hors la grande ville, point de salut pour une mère-pas-top.

Son cauchemar absolu: une jolie maison isolée. Sans voisins.

Hier par exemple où ma fille était brûlante, comment aurais-je fait pour prendre sa température si je n'avais pu chercher le thermomètre chez la voisine?

Ne vous méprenez pas, je possède bien entendu un thermomètre médical. Acheté lorsque je préparais la venue au monde de mes premiers enfants et que j'étais encore pleine d'illusions sur moi-même. Ce thermomètre est présentement quelque part dans l'appartement, tout comme son frère lui même acquis un jour de énième recherche infructueuse du premier.
Ces deux instruments précieux sont actuellement rangés. En lieu sûr dans l'appartement. Le tout est de se souvenir du lieu sûr en question.

En tous cas pas dans le placard qui est supposée être leur rangement. Pas non plus sur l'étagère où il atterrit après avoir pris la température du petit. Pas plus sur le dessus de commode, lieu de dépose-rapide. Invisible également sur l'étagère-dépotoir en laquelle je fondais beaucoup d'espoir.  Sous les lits, dans le panier de linge sale, derrière le canapé, avec les chaussettes des enfants, rien de rien, j'ai vérifié.

Alors?

Alors à moins de déposer des thermomètres dans toutes les pièces de la maison accrochés aux poignées de porte, il est bien évident que sans voisine organisée qui retrouve son thermomètre dans les cinq secondes après ma demande, il m'est impossible de déterminer la fièvre de mon enfant.

En soi pas très gênant, point besoin d'instrument pour comprendre qu'elle a une fièvre de cheval. Mais c'est l'éventualité d'une visite chez le médecin qui me rend prudente.

Face à un homme de l'art, être juste capable d'indiquer:

-    "Mon enfant a de la fièvre", sans donner plus de précisions est toujours assez délicat.

Ces professionnels ont des questions indiscrètes:
-    "Combien? Depuis combien de temps? A-t-elle augmenté depuis son apparition?"

Qu'est-ce-que j'en sais moi, franchement...!

M'étant faite prendre en flagrant délit d'ignorance des détails de la fébrilité de ma progéniture, je prends désormais les devants et la température

Mais UNE voisine ce n'est pas suffisant. Il m'en faut une deuxième.

Car le paracétamol nécessaire pour faire tomber la fièvre, il va bien falloir aller le chercher quelque part. Or si je suis bien l'heureuse propriétaire d'une boite de sachet de paracétamol en poudre, boîte que j'ai retrouvée à sa place attitrée, il semble que je ne sois propriétaire QUE de la boîte. Sans paracétamol dedans. L'extérieur de cette boîte ne trahissant en rien sa parfaite inutilité, elle trône fièrement à la place d'honneur depuis sa dernière utilisation. Evidement cela éclaire d'un jour nouveau la recherche de thermomètre. Si la boîte, dont le destin visible était de finir à la poubelle, se retrouve si bien rangée, il est fort à parier....

Rajouter à la prochaine liste: "Acheter un thermomètre"

Grâce à ce petit exemple tiré d'une journée ordinaire, je pense que l'utilité des voisines est totalement démontrée. En grand nombre cela va sans dire, la parfaite éducation transmise par mes parents m'empêchant d'importuner deux fois la même personne. Je rajouterai qu'il est indispensable qu'elles ne communiquent pas entre elles, afin que ma couverture de "mère-qui-assure" ne soit pas mise à mal.

Or on le sait, dans nos campagnes, les rapports humains sont si chaleureux que la caissière du super-marché est un puits de sciences sur votre vie et la boulangère sert d'informateur à toute la commune.

C'est pour cela que tant que j'ai charge d'âme à la maison, pour que je puisse continuer à faire illusion le plus longtemps possible, l'anonymat de la grande ville m'est indispensable.

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Alerte

 

Mère-ma-soeur, j'aimerais que tu comprennes à quel point ma vie est un combat de tous les instants. Et pour cela, j'ai décidé ce jour, de te décrire  ma vie quotidienne. Enfin un bout. Petit.

Nota bene: Que ceux qui à la lecture de cette phrase recliquent aussitôt sur "fermer la fenêtre" soient assurés de mon soutien. Une telle introduction serait également pour moi source de fuite à toute souris

Pour tous les courageux volontaires qui restent (et dont une fois de plus je baise les pieds afin de leur prouver ma reconnaissance) voici un petit échantillon de la vie d'une mère-pas-top.

La scène se passe sur le chemin de l'école.
Une mère, de la race maudite (pour moi) des mères-top, demande à l'enfant que je tiens négligemment par la main:

-    "Alors tu es prête pour les contrôles?"

Immédiatement la sonnette d'alarme résonne dans ma tête.

Un mordage de langue intensif me permet de ne pas avoir l'air ahurie et de ne pas poser la question révélatrice:

-    "Ah bon? Vous avez des contrôles? Mais quand ça?"

Je reste concentrée.
En lieu et place de l'air étonné, je me compose un petit sourire entendu. Petit sourire dont je suis assez fière j'avoue, dusse ma modestie en souffrir. Tellement fière que je suis même capable de l'adresser à la ci-devant mère-top avec ses questions perfides. Femme que je soupçonne immédiatement d'être un agent double en repérage pour la Ddass.

Etre prise en flagrant délit d'absolu non suivi de la scolarité des ses enfants dans notre société moderne où la réussite à l'école est le critère numéro un pour juger un parent, c'est la marque définitive d'infamie maternelle.

Il me faut à tout prix surmonter cette épreuve.

Par un contrôle de tous mes nerfs, je reste maître de mes émotions et ne montre pas l'angoisse qui m'étreint dans l'attente de la réponse de la chair de ma chair.

Il est en effet indispensable que je cogite à toute allure afin d'être prête à parer toute éventualité. Notamment celle que je redoute entre toutes, une réponse prononcée par le sang de mon sang et qui serait à peu près:

-    "Ah non pas du tout, j'ai rien compris aux divisions, et puis le futur antérieur je ne sais pas le conjuguer"

Dans ce cas là il faut que je sois immédiatement en capacité d'énoncer, AVEC un ton très convaincu:

-    "Ma chérie, je voulais te faire la surprise. Ce soir j'avais justement prévu une session de travail complète en video-conférence avec Tonton Hervé, agrégé de mathématiques. Quand au futur antérieur, il fera l'objet d'un prochain séminaire."

J'attends donc la réponse de l'être que j'ai enfanté, intérieurement liquéfiée, extérieurement niaisement sûre de moi.

L'angoisse monte, je suis suspendue à ses lèvres.

-    "Ben ouais pourquoi?" répond alors ma progéniture.

Ma chérie!!! Prunelle de mes yeux, joie de ma vie, être exceptionnel entre tous! Une fois de plus, grâce à toi, ta mère peut garder le front haut et le regard souverain de la mère qui se sait parfaite.

Mais ce n'est pas tout ça: rester calme, n'exulter qu'intérieurement. Et maintenant que l'alerte est passée, reprendre la main de ce jeu de bluff maternel.

Retourner la question à l'enfant de mon interlocutrice:

-    "Et toi, les contrôles, tu es prêt?"

Avec le secret espoir que la réponse sera négative. Il n'y a pas de raison, c'est elle qui a attaqué la première. Il est même possible qu'en réalité cette mère soit ma soeur-pas-top, et que son info exclusive ne soit que le fruit d'un heureux hasard.
Partant de là, elle se poste sur le chemin de l'école afin d'apostropher tous les collègues de son enfant, étalant sa science de suivi scolaritesque  et espérant ainsi engranger des points bonus dune topitude totalement injustifiée.

Technique très facile à mettre en oeuvre.
Je le sais, je l'utilise dès que l'occasion se présente.

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Changement de programme

Je reviens demain

 J'ai supprimé le post d'aujourd'hui au vu de première réaction.

Je n'ai pas envie de plomber le moral de ceux qui viennent lire ici, le but de ce blog est avant tout d'amuser, en aucun cas de faire mal. Si je passe à côté de mon but, autant oublier et essayer de faire mieux demain.

 A demain en espérant que je sois mieux inspirée

 

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L'âge du capitaine

Mère-ma-soeur, je ne sais pas quel âge tu as, mais moi j'ai l'âge d'être ma mère.

C'est très troublant.

Enfin l'âge d'être ma mère dans mes premiers souvenirs. Mes souvenirs de petite fille.

C'est à dire quand ma mère était vieille. Oui elle était jeune, bien plus jeune que moi actuellement. Malgré tout, dans ma tête elle était vieille.
Sur les photos de l'époque, je vois une dame. A-t-on jamais entendu parler d'une jeune dame? Non, seule une femme est jeune. La dame est vieille.
Si je calcule sur mes doigts pourtant, j'ai depuis longtemps dépassé l'âge qu'elle avait dans ces premiers souvenirs-là. .

Comment, moi si jeune, puis-je être aussi vieille?

Et suis-je si vieille que ma mère, dans la tête de mes filles si jeunes?

Et le jour où j'aurai l'âge de ma grand-mère à l'époque de mon enfance? Celle pour laquelle je devais toujours réfléchir afin de savoir quel roi elle avait connu: Louis XIV ou Charlemagne? Celle qui, appellation contrôlée grand-mère faisant foi, a toujours, mais toujours, été horriblement âgée. Celle qui m'inquiétait beaucoup lorsque petite elle me montrait le bracelet qu'elle me destinait pour mes vingt ans. Pourquoi ne pas me le donner tout de suite puisque lorsqu'arrivera mon vingtième anniversaire tu seras morte depuis longtemps?

Les années s'écoulant,  avec ma nouvelle perception adultesque du temps qui passe trop vite, je prends conscience qu'un jour j'aurai cet âge canonique. Et que pourtant je serai toujours aussi jeune. Ou tout du moins le croirai-je.

Il y aura de plus en plus de ces adultes autour de moi, ces personnes bien plus jeunes et qui pourtant me paraissent si âgées. Pas seulement physiquement. Aussi dans ces vies qui semblent rangées et déjà sur des rails.

Alors je me dis que s'il n'en reste qu'une, ce sera moi. Je serai la dernière jeune de ma génération. Tous les autres seront vieux depuis longtemps, moi seule garderai cette jeunesse.

Pardon mère-ma-soeur, que dis-tu? Ah bon? Tu crois vraiment?

Cette impression est absolument universellement partagé?

Peut-être..., mais je te préviens quand même, avertis ta descendance.
Parce que le jour où un jeune con se lèvera dans le bus pour me laisser sa place, il recevra une mandale.


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Auto-censure


 Mère-pas-top, mère-pas-top...., holà c'est vite dit.

Il semble au contraire que j'ai donné un sens moral hors du commun à ma fille. Ne serait-il attesté que par l'exemple qui suit, il me paraît suffisamment probant.

Comme bon nombre de personnes en général et d'enfants en particulier, elle est fascinée par la mort. A son âge elle a dépassé les questions existentielles qui peuvent se résumer par LA question que nous nous posons tous, laquelle est à peu près:

-    " A quoi ça ressemble l'endroit où les mort vivent?"

Cette question, elle la laisse aux petits de la famille. Lesquels, très régulièrement, travaillés par le sujet, me redemandent approximativement la date de ma mort, celle de leur père ainsi qu'un petit topo sur la durée de vie probable de tous mes proches.

Non, elle, son truc, c'est plutôt le decorum. Tout le cérémonial autour de la mort. Ça l'intrigue, voire même ça l'attire. Petit côté morbide que tout un chacun a expérimenté au moins une fois dans sa vie.
Euh, enfin moi en tous cas. Ce penchant pas très élégant qui nous donne envie de savoir à quoi ça ressemble EN VRAI. La mort des autres hein bien sûr et à la condition expresse que ces autres nous soient de parfaits inconnus cela va sans dire.

Or pas de bol pour elle, pas le moindre macchabée dans ses parages. Année après année, la vie nous gâte et aucun être cher ne disparaît.
Elle fonde bien sûr de gros espoirs sur les personnes les plus âgées de notre entourage, mais notre optimisme l'angoisse légèrement:

-    "Tu sais ma chérie, certaines personnes vivent jusqu'à 110 ans, voire plus."

Cela ne la rassure pas du tout. A ce rythme-là, elle sera adulte lorsqu'elle aura enfin le privilège d'assister à son premier enterrement.
A-DUL-TE?
Mais elle sera morte de vieillesse avant!

À l'occasion de l'un de ses questionnements récurrents sur le sujet, il lui apparut récemment que pourtant, comme dans toute famille au sens large, certaines personnes nous avaient déjà quittées.

Petite info qui tombe négligemment dans son oreille. Une mort survenue avant sa naissance, pour un enfant, c'est aussi parlant que la disparition de Claude François ou Daniel Balavoine pour un amateur de Jennifer ou Christophe Willem. A ranger dans le rayon pre-histoire.
Sauf que, grâce à quelques engrenages neuronaux particulièrement efficaces, elle s'est rendu compte que l'un de ces tristes événements familiaux, extrêmement douloureux pour nous à l'époque, elle ne l'avait raté que de quelques mois.

J'ai alors clairement vu dans ses yeux une pensée se former, j'ai clairement vu sa poitrine se gonfler pour l'exprimer, j'ai clairement senti ses lèvres se préparer à formuler cette pensée, et j'ai clairement compris que brutalement elle s'auto-censurait.

Oui, spontanément et sans aucune intervention parentale, elle n'a osé prononcer la phrase qu'elle pensait si fort:

Laquelle était,  j'en suis sûre et je l'affirme:

-    "Ah ben zut, dommage pas de bol, un peu plus et j'aurais pu le voir mourir."

Si c'est pas du sens moral ça! Ma chérie, que je suis fière de moi...

PS: Si vous n'avez pas vu le film "Jeux Interdits" (oui, celui de la musique et aussi de l'illustration ci-dessus), vous devez absolument réparer cette erreur. Il est merveilleux de finesse, de tendresse et de poésie. Il traite de la vision de la mort par les enfants, sans jamais être larmoyant.
Et puis un des seuls films AVEC enfant où les enfants-acteurs ne m'horripilent pas de cabotinage. Comme quoi tout existe...
Je ne vous cache pas que ce film n'est pas de la première jeunesse. On va dire que je fais de la critique ciné version cinémathèque.


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J'ai les mêmes à la maison

 


Aujourd'hui chère nullipare, je m'adresse à toi. Oui, si tu n'as pas d'enfants c'est comme ça qu'on dit. Désolée, ce n'est pas moi qui ait inventé cette désignation si sexy.
En même temps quand tu as plusieurs enfants tu deviens une mutipare. Pour peu que tu aies dépassé grosso modo les 35 ans, tu deviens une multipare âgée. Ce n'est pas glorieux non plus je te le dis.
Heureusement, rien ne nous oblige à nous définir selon l'une ou l'autre de ces caractéristiques. Sinon les présentations pourraient devenir étranges:

-    "Bonjour, ClaireMM, multipare âgée."

    "Enchantée, moi c'est Germaine, nullipare jeunette."

Quand tu fais le tour de ta nouvelle boîte pour être présentée à tes futurs collègues, ça fait tout de suit très chic.

Enfin bref laissons là cette aparté, je voulais juste dire que pour une fois, je m'adresse à toi qui n'a pas d'enfant et qui me lit. Alors que franchement j'annonce la couleur: des gambettes en bannière et mère en premier mot du titre. Je suis bien sûr extrêmement flattée mais aussi très légèrement angoisée. Quid de l'envie de procréer après avoir lu toutes les horreurs déversées sur ce blog au sujet de nos amis les bambins? Il faut aussi penser à la natalité de notre beau pays.
Par chance, notre superactif président toujours à la pointe de l'action a pris ce problème à bras le corps. Si l'on en croit les rumeur, il a décidé de s'attaquer sur le champ à ce nouveau chantier.
Enfin quand je dis chantier c'est une image. Carla, si tu me lis, ne le prends pas mal.

Tout ça pour dire qu'aujourd'hui j'ai compris pourquoi toi, mon amie nullipare, tu me lisais.

Parce qu'en fait tu as les mêmes. Pas à la maison, mais au travail. Tu te les fades comme nous toutes.

Cela m'est apparu clair comme de l'eau de roche hier, lors de la réunion convoquée en urgence pour résoudre un conflit entre deux collègues.

Malheureusement pour ma puissante envie d'avoir la paix, le conflit avait eu lieu en présence de mes oreilles déjà bien entraînées.

J'étais donc convoquée comme qui dirait en tant qu'observateur impartial des Nations Unies.

Et j'ai assisté à une petite scène qui m'a rappelé quelque chose:

Sommées de s'expliquer sur le pourquoi du comment du conflit, dans le but de mettre le doigt sur le noeud du problème, ces honorables adultes me firent penser à des personnes de ma connaissance. Des personnes qui me sont très proches et que pour tout dire j'ai enfantés.

Pour que ce soit plus clair je vous ai retranscrit les dialogues en v.o et j'en ai fait une traduction simultanée.

Madame Machin
-    "Alors que j'étudiais le dossier xy, Madame Trucmuche m'a dit"
-    "C'est elle qu'a commencé"

Madame Trucmuche
-    "Je m'excuse, mais c'est Madame Machin qui voulait savoir..."
-    "Oh la menteueuese, même pas vrai c'est elle"

Madame Machin
-    "J'ai effectivement interrogée madame Trucmuche en réponse à une de ses notes de l'autre jour..."
-    "Ouais mais c'est de sa faute aussi, c'est parce qu'elle..."

Madame Trucmuche
-    "Ma note de l'autre jour ne traitait pas du tout du sujet abordé et j'aimerais savoir pourquoi Madame Machin"
-    "Attends n'importe quoi eh, ça a rien à voir..."

Madame Machin
-    "Toujours est-il que Madame Trucmuche a de nouveau affirmé..."
-    "N'empêche que quand même t'as encore..."

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Bon nullipare-mon-amie, j'abrège, je me le suis tapée une première fois, je vais pas te l'imposer sur ces pages en entier. Tu as compris mon propos? Des gamins, il en traîne dans tous les boulots. Nul besoin de les avoir mis au monde pour les cotôyer.

Alors maintenant que cette ressemblance troublante entre nous s'est de nouveau révélées à me yeux...

Permet-moi de t'appeler "nullipare-ma-soeur".

PS: Je ne prétendrais pas pouvoir concourir pour le scoop de l'année avec mon sujet du jour. Mais j'avais envie d'en parler malgré l'aspect éminemment cliché et lieux communs. Parce que c'est toujours ahurissant d'observer des adultes en pleine régression.
 

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Allo!?

 

Il m'arrive régulièrement d'avoir des pertes de concentrations qui m'empêchent de bien suivre le fil d'une conversation téléphonique. J'en veux pour preuve, exemple au hasard et tout à fait fortuit croyez-moi, les conversations où mon amie-interlocutrice ponctue toutes ses quatre phrases par :

-    "Attend ma puce"

-    "Ben alors cherche dans le  meuble de la salle de bain."

-    "Non je ne te mets pas de DVD."

"    "Range ce paquet de gâteaux".

Tout ça alors que j'ai personnellement solennellement arrêté de manger des gâteaux pour ma vie entière le matin même lors du début de mon régime hebdomadaire (qui a lieu en gros tous les lundis matins entre 7 et 10), que je n'avais aucunement l'intention de regarder un DVD  et qu'il n'y a pas de meuble dans ma salle de bain.
Je suis alors légèrement décontenancée.

Je comprends cependant rapidement que ces phrases ne me sont pas adressées, et que le coup de fil que j'adresse à ma pote s'est immédiatement transformé en conférence téléphonique, avec deux participants dans la même pièce, ce qui est contraire à toutes les lois sur la conférence téléphonique. Très peu désireuse de perdre mon précieux temps, je profite alors des moments de discussion des deux autres pour vaquer à mes propres occupations, le combiné coincé dans le cou.

Inévitablement, quand revient mon tour de parler, il y a un petit blanc. J'ai comme qui dirait perdu le fil.

Ah si ça y est, ça me revient! Hop notre papotage à bâtons rompus peut reprendre.

Ah ben non, nouvelle intervention du troisième participant.

Nouveau plongeon dans ma lecture.

Nouveau blanc lorsque mon tour revient.

A la cinquième ou sixième interruption, poliment, j'abrège alors la conversation.

Et puis de proche en proche, je n'appelle plus que rarement.

Voire plus du tout. Trop agacée de cette impression de converser en pointillé, comme si mon interlocuteur avec un portable passait sous un tunnel, alors même que j'appelle sur un fixe.

Alors oui, je sais je sais...

Je sais qu'un enfant est INCAPABLE de concevoir le fait que l'oreille qui nous reste libre pendant qu'on téléphone n'est PAS un second canal de communication totalement indépendant du premier. Que la nature est mal faite...!

Conséquemment, il n'a pas la finesse de sentir à quel point on voudrait qu'il se la ferme, malgré notre regard fuibard, nos mimiques expressives et notre dos résolument tourné.

D'où ces conférences téléphoniques que tout un chacun a déjà expérimentées dans sa vie. D'un côté ou de l'autre du téléphone.

Sauf que pas avec moi. Parce que j'ai un truc, un de plus.

Ma stratégie? Toute simple: je me planque. Derrière un fauteuil, au fond du placard à balais, sous la table de la cuisine, que sais-je...
Evidemment, ne sous-estimons pas mes poursuivants, ma cachette est rapidement trouvée par l'équipe motivée qui est à ma recherche. Qu'à côté d'eux, les poursuivants de Jack Bauer  pourraient passer pour des tire-au-flanc.
Qu'à cela ne tienne, je repars en vitesse pour une autre pièce de l'appartement où j'aurai de nouveau de précieuses minutes de répit. Jusqu'à la prochaine fuite.

Vue de loin, la scène est sans doute du plus haut ridicule. Une mère qui téléphone planquée derrière la corbelle de linge sale, prête à bondir pour aller se cacher derrière les rideaux du salon ou sous le lit du petit dernier.

Oui mais le résultat est là: à aucun moment mon correspondant n'a pu soupçonner que je n'étais pas seule et notre conversation n'a souffert aucune interruption.

Et puis par la même occasion, j'ai éliminé tous les moutons de poussière présents sous tous les lits de la famille.

C'est pas la classe ça?

PS: Le téléphone là-haut il date de 1896. C'est sûr, ça devait être moins commode de se planquer sous les lits quand on papotait avec ça...

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Et si c'était vrai?

J'ai failli vous croire dites donc!

Vous avez été tellement gentils dans vos comms de vendredi, à me dire que finalement j'étais top, qu'à un moment j'en étais presque à me dire

-    "Et si c'était vrai?"

Même que ça me donnait déjà l'idée d'un best-seller à écrire que j'aurais ainsi intitulé. Comme ça  d'un coup. Juste grâce à ce titre qui m'est apparu tout bonnement génial.
Vous vous rendez compte du processus?
Je lis quelques comms extrêmement flatteurs, je commence à les croire, ça m'inspire, je prends ma plume et me voilà rédactrice d'un best-seller. Je deviens célèbre, les droits sont achetés par un producteur hollywoodien à gros cigare, mon rôle est tenu par Julia Roberts qui devient mon amie, je rencontre Colin (Firth, ai-je besoin de le préciser) par son intermédiaire, il tombe raide dingue de moi, et nous sommes heureux et avons beaucoup d'enfants!

Mouais.

Je vous sens sceptiques.

Sans vouloir me vexer, vous vous dites qu'il y a une phrase qui pose problème.

Je la retire donc cette phrase, et je la transforme.

Et je reprends:
"qui devient mon amie, je rencontre Colin (Firth, ai-je besoin de le préciser) par son intermédiaire, il tombe raide dingue de moi, et nous sommes heureux."
Point final.

Si je veux que Colin m'apporte mon petit dejeuner au lit sur les coups de dix heures du mat, avec une rose fraîche du jour dans un soliflore posé à côté des toasts grillés juste comme il faut, et en face, un jus d'orange tout juste pressées, il y a intérêt à zapper l'étape enfants.
Enfin je dis ça je dis rien hein.
Mais j'ai du mal à envisager la même scène avec enfants sans immédiatement visualiser le verre de jus d'orange renversé sur l'oreiller, les éclaboussures de café qui se sont échappées de la tasse quand ils ont sauté sur mes jambes et le toast qui se retrouve face contre drap après avoir effectué un salto arrière.

Sans oublier le petit détail qui change tout:  le réveil lumineux qui affiche 6 h48.

Voilà, tout ça pour dire que le miel de l'éloge doit être consommé avec modération. On finit par croire à la possibilité de tout et n'importe quoi.

Vendredi, en fin de journée, le problème commençait même à prendre des proportions assez angoissantes. À chaque fois qu'une personne m'adressait la parole je répondais "Yes darling red carpet" tellement j'étais dans mon trip hollywoodien.

Pour le bien de toute la famille, il me fallait rapidement revenir sur ma terre de non topitude.

J'ai été en cela bien aidée par mon naturel qui est revenu au galop: un petit coup de gueule par-ci, une pizza surgelée par là, et une surdité profonde et intermittente dès que les mots jeux, lecture ou bricolage furent prononcés.

A chaque nouveau faux pas, mon rêve s'éloignait un peu plus.

Mais vous savez quoi? Je crois que c'est mieux comme ça.

D'abord je ne supporte pas la fumée du cigare, et si ça se trouve Colin il pue des pieds.

Et puis sans mes enfants, je fais quoi moi?


L'illustration c'est Mark Ruffalo et Marc Levy pendant le tournage du film éponyme. Non parce qu'il y a des gens pour qui ce genre de scénarios marche. Trop fort!

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Psys émois

 

Il y a des jours où la mère pas top fait des efforts.

Elle parle à ses enfants d'autre chose que d'enfilage du pyjama-et-au-lit ou de rangement de chambre.
Elle observe ses enfants dans leurs activités quotidiennes dans un autre but que de repérer s'ils se grattent plus la tête que d'habitude et s'il va falloir refaire un traitement général anti-poux

Et elle se dit que peut-être cette enfant-là ne va pas si bien qu'elle en a l'air.

Que ses fréquents moments de retrait sont peut-être dus à un autre  sentiment que le besoin d'avoir la paix et sa modestie excessive n'est peut-être pas uniquement la preuve de sa bonne éducation.
Que sa trop forte sensibilité est peut-être plus qu'un trait de caractère.

Alors la mère décide d'en parler à un psy. Pedo.
Un psy d'enfant quoi.
Parce que la mère a cru reconnaître en sa fille quelques attitudes qui lui ont gentiment pourri la vie des années durant.
Des attitudes qui ont sans doute influencé dans le mauvais sens certaines décisions importantes qu'elle a prises dans sa vie.
La mère pas top voudrait bien que sa fille ait une vie top.

Elle, qui a toujours fait avec ses nombreuse failles, décide soudain d'aller confier celles de sa fille à un spécialiste de la consolidation des âmes fragiles.

Et la mère parle de sa fille. Des problèmes de sa fille. Des angoisses de sa fille.
Et le spécialiste des failles enfantines ne détecte rien.
Rien de bien inquiétant dans ce que la mère décrit. Sans doute une tristesse de l'enfant qui se résoudra facilement lorsque...
Lorsque...
Lorsque la mère admettra que sa propre tristesse, qu'elle croit si bien cachée au fond de son coeur, éblouit tellement les yeux de son enfant si sensible que celle-ci ne peut qu'en souffrir.

La mère pourrait douter des parole de ce professionnel.
Qui est-il ce spécialiste des peines enfantines pour juger de l'âme d'un adulte?

La mère aurait pu douter... si les larmes avaient bien voulu ne pas se mettre à couler sur ses joues.

Lorqu'elle a évoqué cette raison-LA.
Sur un ton léger, comme une des causes possibles de la souffrance de son enfant.

Mais c'est sur ses joues à elle que les larmes coulent.

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Transmission orale (3)



Là franchement ça fait mal.

Non parce que jusqu'ici, la transmission orale, lorsqu'on s'y trouvait confrontée, elle avait pour conséquence, soit de créer un sourire béat ET niais (toujours) sur notre face en entendant le petit dernier répondre à la question:

-    "Tu as fini de construire le chateau?

-    "Non, pas 'core fini. Nonobstant z'ai déza fait les deux tou's"

Soit de nous rendre désireuse d'intégrer enfin cette
fascinante communauté des petites souris dans leur trou:

-    "Dis bonjour à la dame"

-    "Bo'del de merde, z'é déza dit bonzour au monsieur tout à l'heure, fait çier quoi!"

La transmission orale dont je veux te parler aujourd'hui mère-ma-soeur, celle qui finit ma trilogie (une de plus) n'est pas du même ordre. Elle nous concerne NOUS. 

Et elle fait mal. Très mal.  C'est un sacré morceau : l'énorme part du patrimoine familial.

Outre nos recettes préférées confiées par nos mères (si tant est qu'elles nous en aient confiées, ce qu'auront du mal à affirmer mes enfants dans quelques années), certaines expressions fleurent bon notre enfance.

Et s'il est une réalité parentale douloureuse, c'est de se prendre sur en flagrant délit d'expressions issues directement de ces temps anté-diluviens où nous étions enfants.

L'un des grands chocs de ma vie de mère, fut ainsi le jour où j'entendis résonner dans mon propre appartement, appartement où, comme dirait l'Insee, je suis maitresse de maison (quel farceur cet Insee soit dit en passant. Maîtresse de maison? Attends, tout au plus employée polyvalente moi je dis), dans mon propre appartement donc, résonner l'expression comminatoire:

-    "Range ta chambre!"

Et qu'à l'évidence, c'est moi qui venait prononcer cet ordre.

Moi? Moi, mère moderne entre toutes, détachée des chaînes de nos aïeux et des obligations de résultats dans lesquelles se sont dépatouillées nos mères, moi dire une phrase aussi peu progressiste et si conformiste?

Paf, trente ans dans les gencives.

Le pire, c'est ce qui vient ensuite. Je ne sais pas pour vous, mais lorsque j'étais enfant, cette expression  avait l'art de me faire émettre un pffffff puissant n'ayant d'égal que celui du matelas pneumatique qui vient de renconter une aiguille d'oursin.
Maintenant, par un drôle de retournement des choses, ce sont mes enfants qui ont pris le rôle du matelas pneumatique. Et moi le rôle de l'oursin. Très peu compatible avec l'image maternelle toute en tendresse et en douceur.

En complet reniement avec mon moi-enfantin, je dis et redis cette phrase. Voire même : je rugis et re-rugis cette phrase. Quelle tristesse!

Surtout quand on constate son manque total d'efficacité...

Heureusement je vous rassure, mes enfants ont gardé leur intégrité et ne sont en rien menacés par une queconque compromission. Grâce à eux, l'esprit rebelle souffle toujours sur cet appartement et leur chambre ne sont pas rangées.

Mais maintenant que j'ai commencé mon coming-out, il faut que j'aille jusqu'au bout. En cette nouvelle année la mère-pas-top se dévoile. Je dois vous avouer qu'il m'arrive de dire encore pire.
Oui.
LA phrase:

-    "Je ne suis pas la bonne!"

Qui l'eût cru? Cette phrase, celle-là même, elle vient de me sortir texto de la bouche.
Spontanément!
Et ce n'est pas la première fois de la journée...

Ben oui mais bord** de m***... JE NE SUIS PAS LA BONNE! Et le rangement intensif peut jouer sur mes nerfs comme une harpiste avec ses cordes.
Surtout quand il existe une disproportion flagrante entre le nombre de personnes (avec 6 S) qui bazardifient à tout va et le nombre de personne (au singulier) qui range. J'exagère? Euh, possible.
En réalité pour bien comprendre toute l'implication émotive de cette expression, il faut la prononcer soi-même.  C'est là qu'elle se révèle enfin dans sa simple vérité. Et croyez-moi, sa simple et pure vérité c'est bon là, je la ressens par tout mon être...

Enfin, pour ne pas prendre trop de votre temps (je sais combien de corvées vous attendent patiemment), je terminerai avec l'expression qu'on ne présente plus:

-    " Le prochain qui demande c'est quand qu'on arrive?, je m'arrête et il finit le voyage à pied"

Ben oui, j'avoue... Parfois elle m'échappe! Je fais un effort, je me contrôle, mais au troisième "C'est quanquon.." oups, ça y est, l'expression fatale est prononcée.

Particulièrement injuste. Parce que les enfants veulent juste savoir quand on arrive.
Simple curiosité.
Bien sûr la soeur avait demandé la même chose deux minutes auparavant. Mais justement c'était il y a deux minutes. C'est normal de redemander non? Et puis même si l'autre soeur avait demandé il y a huit minutes, il ne reste pas moins que l'agressivité de ma réponse parait très outrancière à ma progéniture.
Maintenant ils le savent qu'il reste huit heures de voiture. Rapport au fait que ça fait une demi-heure qu'on est partis. En comptant le plein d'essence et l'arrêt-boulangerie. En gros on n'est pas sorti de la ville. Faut bien demander pour avoir toutes ces infos, logique...

Voilà, mère-ma-soeur, tu as désormais un aperçu de la richesse de mes échanges oraux avec ma progéniture.

Mais heureusement pour eux, la nature fut généreuse. Elle n'a pas oublié de leur fournir LE canal.
Quel canal?
Celui qui permet la communication directe entre l'oreille droite et l'oreille gauche! Cet astucieux petit canal est assez systématiquement mis en service lorsque je m'avise de chanter mes refrains habituels, qui ressortent donc immédiatement par une oreille après être entrés par l'autre.

Et moi je dis: c'est bien mieux comme ça.

 

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